La chimie européenne va devenir plus sélective dans sa croissance externe

La valorisation élevée des transactions sera acceptée par le marché en cas de logique industrielle suffisamment forte, selon Deutsche Bank
Yves-Marc Le Réour
BASF
 -  Photo Bloomberg

La faible croissance économique en Europe et la santé financière retrouvée de nombreux groupes chimiques dans la région ont largement contribué au regain d’activité des opérations de fusions et acquisitions dans ce secteur. Selon les analystes de Deutsche Bank, cette tendance devrait perdurer au cours des 6 à 12 prochains mois, mais pas obligatoirement à travers la réalisation de transaction de très grande taille.

Le bureau d’analyse anticipe un intérêt davantage marqué pour des acquisitions ciblées, susceptibles de renforcer la position concurrentielle de certains poids lourds «dans la chimie de spécialité et les activité à fort contenu de R&D». BASF, Evonik, Solvay, Arkema ou Clariant seraient enclins à privilégier cette stratégie. Si les valorisations élevées s’appliquant à certaines transactions ayant une logique industrielle forte devaient être compensées par des coûts de financement toujours faibles, il juge que «la réaction du marché sera négative dans le cas d’une diversification sans lien avec les activités existantes», susceptible de détruire de la valeur.

Une autre solution consiste à développer les investissements industriels dits «greenfield». Lors de la présentation de ses résultats trimestriels, BASF a ainsi fait état de sa volonté d’investir plus d’un milliard d’euros dans un complexe de propylène aux Etats-Unis, afin de tirer parti de l’abondance de gaz de schiste bon marché. L’investissement évoqué serait le plus lourd jamais réalisé par le chimiste allemand sur un site unique. Le directeur financier Hans-Ulrich Engel a déclaré que BASF poursuivrait son expansion en privilégiant la croissance organique, car les rachats qui ont récemment eu lieu ont été effectués à des «multiples très élevés».

La consolidation du secteur peut également prendre la forme d’une coopération renforcée sur certaines lignes de produit. A l’issue d’un examen réglementaire ayant duré près d’un an, le belge Solvay et le suisse Ineos ont fini par obtenir la semaine dernière le feu vert définitif de la Commission européenne pour leur projet de coentreprise dans les chlorovinyles, ce qui devrait leur permettre de boucler l’opération au quatrième trimestre de cette année. Par effet de ricochet, les engagements de cession de plusieurs usines d’Ineos dans cinq pays européens contribueront à reconfigurer la physionomie de cette activité sur le Vieux Continent.

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