La Bourse sanctionne l’essoufflement du modèle Netflix
La débâcle de Netflix à Wall Street, ce mercredi, est à la hauteur du niveau d’exigence – devenu très élevé – des investisseurs.
La star du streaming vidéoa annoncé mardi après clôture de Bourse, lors de la présentation de ses résultats trimestriels, qu’elle avait perdu 200.000 abonnés dans le monde au cours du premier trimestre 2022. C’est la première fois que le groupe perd des abonnés depuis 2011, alors que les analystes de Wall Street s’attendaient à ce qu’il gagne 2,5 millions d’abonnés sur cette période. Pire, il prévoit déjà de perdre 2 millions d’abonnés sur ce deuxième trimestre - un énorme recul, alors qu’il engrangeait régulièrement 25 millions de nouveaux abonnés par an.
Le groupe a en outre annoncé un chiffre d’affaires de 7,86 milliards de dollars (7,24 milliards d’euros), en hausse de 9,8% sur un an, et un bénéfice net de 1,6 milliard de dollars au premier trimestre 2022, en recul par rapport au 1er trimestre 2021 (1,7 milliard de dollars). Par conséquent, le BPA est passé de 3,75 à 3,53 dollars.
En cause, la fin de la période de grâce liée aux confinements, qui avait porté Netflix et d’autres services en ligne. Mais aussi la hausse des prix, de l’énergie notamment, qui a amené les ménages à faire des arbitrages dans leurs budgets. Netflix évoque aussi la guerre en Ukraine, qui lui a fait perdre 700.000 abonnés en Russie, où il a coupé ses services. Sans compter la hausse de ses coûts de productions originales, où il a pris du retard avec la pandémie.
Evolution radicale
Pour apaiser les investisseurs, la firme de Los Gatos a déjà annoncé une évolution radicale de son modèle, avec deux inflexions majeures dans sa stratégie. Elle va commencer à sévir contre les abonnés qui partagent leur mot de passe - les comptes des 222 millions d’abonnés actuels sont également utilisés par plus de 100 millions d’autres foyers, a-t-elle admis.
Surtout, son codirecteur général et fondateur Reed Hastings n’exclut plus d’introduire, d’ici deux ans, une formule d’abonnement moins chère incluant de la publicité. Un changement radical – retournement de veste obligé ? – pour Netflix, un des inventeurs du modèle de la vidéo à la demande sur abonnement (SVoD), qui excluait jusque là toute publicité. «Il est clair que ça marche pour Hulu. Disney le fait. HBO y est déjà», a précisé Reed Hastings mardi lors d’une conférence téléphonique. «Ceux qui ont suivi Netflix savent que j’ai toujours été opposé à la complexité de la publicité, et très fan de la simplicité de l’abonnement. Mais je suis encore plus fan du choix du consommateur, et de proposer ce qu’ils veulent à ceux qui attendent un prix plus réduit tout en étant tolérants envers la publicité», a-t-il argumenté.
Les rivaux de Netflix ont déjà des versions basées sur la publicité ou en envisagent une. HBO Max propose un abonnement financé par la publicité, et Disney+ l’a récemment annoncé.
Du côté des marchés, on se dirige vers le pire jour pour Netflix à Wall Street depuis une décennie si les pertes se maintiennent. Car la Bourse remet désormais en question les capacités de croissance du streamer. L’action perdait plus de 37%, à 219 dollars mercredi peu après l’ouverture, et a clôturé en baisse de 35,16%. Un recul à comparer aux 27% perdus dans les échanges post-clôture mardi soir. Netflix a entraîné dans son sillage d’autres entreprises liées au streaming, comme Walt Disney, qui clôturait mercredi en baisse de 5,56%, Roku (-6,22%), et Warner Bros Discovery (-6,12%).
Objectifs de cours dégradés par les analystes
Le cours de l’action Netflix dégringole de 60% depuis le début de l’année. La chute a déjà effacé les gains cumulés au cours des deux dernières années, lorsque Netflix avait profité à plein de l’effet confinement liés à la pandémie de Covid-19. Résultat : depuis 24 heures, au moins une dizaine d’analystes se sont précipités pour tempérer leur point de vue sur un titre qui a été très performant au cours des dernières années.
Piper Sandler a déjà abaissé sa recommandation à «neutre». JPMorgan a réduit de moitié son objectif de cours à 305 dollars – bien en-deçà de l’objectif médian de Wall Street de 400 dollars. «La visibilité à court terme est limitée … et il n’y a pas grand-chose d’excitant au cours des prochains mois», a déclaré Doug Anmuth, analyste chez JPMorgan. Il a aussi réduit de moitié son estimation des ajouts nets d’abonnés pour 2022 à 8 millions.
UBS a dégradé sa recommandation sur Netflix, d'«achat» à «neutre» avec un objectif de cours réduit de 575 à 355 dollars. Dans une note de recherche, le broker dit désormais voir «une entreprise en cours de transition», évoquant «la concurrence, l’environnement macroéconomique et la saturation du marché [qui] génèrent un manque de visibilité». Chez Wells Fargo, passé de «surpondérer» à «pondérer en ligne» sur le titre, l’objectif de cours a été divisé par deux, soit de 600 à 300 dollars. La banque estime que la perte d’abonnés conjuguée à la nécessité de réaliser de nouveaux investissements en vue de relancer l’activité pourrait asséner un coup fatal au géant du streaming.
Certes, Netflix reste rentable, et leader du jeune secteur du streaming vidéo. Mais lui n’a pas les poches aussi profondes qu’Amazon et Apple. Qui, eux, peuvent diffuser à perte.
Plus d'articles du même thème
-
M6 retrouve la fréquence du succès et ravive les espoirs des investisseurs
Tiré par l'effet Coupe du monde de football, le groupe audiovisuel a signé son "meilleur trimestre historique" sur les cibles commerciales et son "meilleur trimestre depuis 25 ans sur l'ensemble du public". De quoi susciter un regard neuf des investisseurs. D'autant que les braises spéculatives sur son contrôle ne sont pas totalement éteintes. -
Universal Music Group remonte le son en Bourse et donne le tempo à Vivendi
Porté par une bonne dynamique d'abonnement et des hausses tarifaires, le géant de la musique efface en partie ses pertes boursières estivales et redonne des couleurs à Vivendi, son principal actionnaire avec Vincent Bolloré. -
Bouygues déprécie la valeur de TF1 dans ses comptes de 569 millions d'euros
La valeur du groupe de télévision retenue par le géant du BTP est ramenée à 2 milliards d'euros après les mauvais chiffres enregistrés par TF1 au troisième trimestre.
ETF à la Une
Defiance lance le premier ETF Ucits dédié aux «Sept Magnifiques»
- Crédit Mutuel Arkéa avoue être victime d'une cyberattaque historique
- Jean-Pierre Thomas (TVI) : «Il n’y a pas de dossier Thomas Vendôme Investment mais un dossier Malakoff Humanis»
- La Société Générale supprime des postes dans sa banque de détail et ses services titres
- Les gérants confirment leur confiance dans les marchés actions américains
- Pour les banques françaises, la défaite de Donald Trump éclipse une décision de Fitch
Contenu de nos partenaires
-
Introduction en Bourse d’Anthropic : le krach des valeurs de l’IA fait fondre la valorisation espérée
Après la chute historique du Nasdaq jeudi, les investisseurs intéressés par l’introduction en Bourse du créateur de Claude n’évoquent plus qu’une valorisation comprise entre 1 100 et 1 300 milliards de dollars, très loin des 2 000 milliards encore envisagés début octobre -
Etats-Unis : Pete Hegseth dans l’œil du cyclone après la déroute républicaine aux midterms
Artisan de la guerre en Iran, qui a lourdement pesé dans la déroute républicaine aux élections de mi-mandat, Pete Hegseth pourrait faire l’objet d’un vote de mise en accusation dès la semaine prochaine. Donald Trump assure vouloir conserver son chef du Pentagone, mais s’interrogerait en coulisses sur l’opportunité de le remplacer -
Colère sociale : une nouvelle journée de mobilisation s'ouvre dans un contexte budgétaire tendu
Syndicats, organisations de jeunesse et gilets jaunes appellent à manifester ce samedi 7 novembre contre la vie chère, pour le quatrième week-end consécutif. Une nouvelle journée redoutée par les commerçants, à deux jours d’une conférence sociale que le gouvernement aborde sans budget voté