«La Bourse des PME devrait trouver l’équilibre d’ici trois ans »
L’Agefi : La Bourse des PME verra-t-elle bientôt le jour?
Dominique Cerutti : Nous avons fait d’énormes efforts pour que le projet aboutisse d’ici à la fin du premier trimestre 2013, et qu’il rallie l’ensemble des acteurs de l’écosystème. Dès le début de l’année 2012, nous avons reconnu que la situation des PME-ETI rendait urgente une solution de Place. Dans le seul souci d’aider au mieux ces entreprises à se financer, le Trésor a cherché un consensus de Place, en s’impliquant fortement et je l’en remercie. Nous sommes en train d’arriver à un accord. Une réunion de bouclage aura lieu à Bercy en janvier, avant une annonce officielle lors d’un Haut comité de Place. Le parcours a été difficile. Nous avons dû parfois faire face à un travail de sape, comme lors de la création de notre plate-forme obligataire BondMatch. La seule d’ailleurs parmi les projets de MTF paneuropéens pour la négociation d’obligations corporate qui est opérationnelle aujourd’hui en France malgré les déclarations de nos concurrents.
Suivez-vous les recommandations du COS de Nyse Euronext?
Contrairement à ce que disent nos détracteurs, sur les 20 recommandations nous concernant, 17 sont déjà prises en compte dans notre projet. Les discussions finales portent sur seulement trois recommandations: l’ouverture du capital, le statut juridique de la nouvelle Bourse, le trading haute fréquence (HFT).
Allez-vous ouvrir le capital de cette filiale?
Nous n’y sommes pas opposés, mais pas tout de suite. D’une part, nous n’avons pas besoin de capitaux supplémentaires. D’autre part, nous ouvrons la gouvernance. Le conseil d’administration sera représenté de 50% de membres de Nyse Euronext et de 50% de représentants des émetteurs, intermédiaires et investisseurs de nos quatre marchés (Paris, Bruxelles, Amsterdam, et Lisbonne) avec une pondération plus forte pour la France. Nous envisageons un conseil de 14 administrateurs, plus un président, dont le mode de recrutement, interne ou externe, n’est pas encore décidé. Dans un second temps, nous sommes prêts à étudier l’ouverture du capital à des acteurs disposés à demeurer de manière pérenne et ayant l’intention de soutenir et d’accompagner cette Bourse des PME.
Pourquoi n’avez-vous pas créé une nouvelle entreprise de marché?
L’analyse juridique que nous avons menée, confirmée par celle de l’AMF je le crois, nous a conduits à cette conclusion. En effet, le transfert des sociétés (compartiments B et C et Nyse Alternext) sur cette Bourse aurait nécessité leur accord individuel. En cas de refus, elles seraient restées cotées sur leur marché actuel. Non seulement ce double marché aurait été difficile à gérer avec une fragmentation de la liquidité, mais également un dilemme se serait posé pour les sociétés candidates voulant s’introduire.
Comment allez-vous mettre les valeurs moyennes à l’abri du HFT?
Nous ne sommes pas le régulateur mais nous réfléchissons à l’élargissement des pas de cotation et à l’instauration d’un ratio ordres/trades qui permettraient de réduire le HFT pour les PME-ETI.
Qu’attendez-vous des autres acteurs de la Place?
Comme le prévoient les dix autres recommandations du COS, tout l’écosystème doit conjuguer ses efforts pour faire aboutir le projet, notamment en régions. Tous les acteurs de terrain (banques, CDC, Nyse Euronext, associations…) doivent accompagner les entreprises d’une même voix, en articulant les différents volets de financement (bancaire, obligataire, entrée en Bourse, private equity, etc.) sans les opposer. Nous ne voulons pas être les seuls à évangéliser en régions. Nous devons travailler ensemble. Déjà, nous avons revu les modes de rémunérations des listing partners en régions.
Quel sera l’impact financier de cette filialisation pour Nyse Euronext?
En démutualisant les ressources pour en dédier certaines aux seules PME-ETI, nous allons naturellement perdre des économies d’échelle. Toutefois, nous espérons que dans trois ans l’impact soit neutre. A cet horizon, nous visons un triplement des nouvelles cotations, soit autour de 80 opérations par an, et un doublement des capitaux levés, soit environ 4 milliards chaque année. Notre business plan, qui prévoit une augmentation de 15% du budget à 18 millions d’euros dès 2013, permettrait de trouver l’équilibre d’ici trois ans.
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