Gazprom réduit ses livraisons de gaz à Engie, Paris craint une coupure totale
La crise énergétique monte d’un cran entre la Russie et ses clients occidentaux. Le groupe français Engie a annoncé que le géant gazier russe Gazprom l’avait informé d’une réduction de ses livraisons de gaz à compter de ce mardi, alimentant les craintes d’un arrêt total des livraisons de gaz russe à l’approche de la saison hivernale.
«Gazprom a informé le groupe Engie de la réduction de ses livraisons de gaz, à compter d’aujourd’hui, en raison d’un désaccord entre les parties sur l’application de contrats», a souligné Engie dans communiqué.
Engie a précisé que les livraisons de Gazprom avaient déjà «considérablement diminué depuis le début de la guerre en Ukraine, avec un approvisionnement mensuel récent d’environ 1,5 terrawattheure (TWh) par mois, à rapporter à des approvisionnements totaux annuels d’Engie en Europe supérieurs à 400 TWh».
Engie a cependant affirmé avoir sécurisé les volumes nécessaires à l’approvisionnement en gaz de ses clients et à ses propres besoins. Le groupe a «mis en place une série de mesures pour réduire significativement les impacts financiers et physiques directs qui pourraient découler d’une interruption des livraisons de gaz par Gazprom», a-t-il ajouté.
La ministre de la Transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher, a précisé sur France Inter que la Russie continuait aujourd’hui à livrer du gaz et que les réserves stratégiques de gaz françaises étaient remplies à plus de 90%. Ces stocks pourraient toutefois s’avérer insuffisants en cas de pic de froid l’hiver prochain, c’est pourquoi le gouvernement entend encourager ménages et entreprises à «faire la chasse au gaspi», a-t-elle ajouté.
Un conseil de défense consacré à l'énergie vendredi
Lundi lors des rencontres du Medef, la Première ministre, Elisabeth Borne, a exhorté les entreprises à élaborer des «plans de sobriété» énergétique, avec pour objectif une réduction de 10% de leur consommation sur deux ans, et ce, afin d'éviter que le gouvernement n’impose des «baisses de consommation».
Le porte-parole du gouvernement, Olivier Véran, a de son côté estimé mardi sur France Info que la Russie pouvait «couper à tout moment le gaz» et a confirmé la tenue vendredi d’un Conseil de défense consacré à l’approvisionnement.
La Russie a commencé à réduire ses livraisons de gaz au pays européens au début de l'été, invoquant des problèmes techniques mais également le refus de certains pays de se conformer à ses exigences de paiement en roubles.
Deux mois et demi sans gaz russe
Si les Etats membres de l’Union européenne ont malgré tout réussi à remplir leurs réserves stratégiques à près de 80% grâce à d’autres fournisseurs, et à une modération de la consommation liée à la flambée des prix, «tout le monde sait pertinemment que cela ne sera pas suffisant pour arriver au printemps prochain», commente John Plassard, directeur chez Mirabaud, dans une note publiée mardi matin.
Un remplissage à 100% des stocks à l’entrée de l’hiver permettrait à l’Allemagne de tenir environ deux mois et demi sans gaz russe, et à la France environ 14 semaines, estime le responsable. «C’est donc (une nouvelle fois) sur la population et les efforts de chacun que parient maintenant les gouvernements», ajoute-t-il.
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