Stockage de gaz : où en est l’Europe?
La fin des beaux jours approche et, avec elle, s’accentue la crainte d’un hiver difficile en Europe dans un contexte de flambée des prix de l’énergie. Lundi, les contrats à terme sur le gaz naturel européen (référence TTF à Rotterdam) ont gagné jusqu’à 18% pour dépasser les 290 euros/MWh (mégawatt-heure), un nouveau sommet depuis les 335 euros/MWh du 7 mars dernier. Le russe Gazprom a déclaré qu’il couperait les flux via le gazoduc Nord Stream 1 vers l’Allemagne pendant trois jours pour des questions de maintenance à la fin du mois d’août. De quoi exacerber les inquiétudes alors que la sécheresse historique menace d’interrompre le transport des ressources énergétiques via le Rhin tout en limitant la production d’énergies hydroélectrique et nucléaire.
Ces tensions renforcent la pression sur les pays européens, appelés à stocker, au plus vite, le plus de gaz possible. Dans un règlement adopté en juin, l’Union européenne impose ainsi aux Etats membres de remplir leurs capacités à hauteur d’au moins 80% d’ici au 1er novembre prochain. Un objectif qui devrait sans doute être dépassé. Au 20 août, le taux de remplissage au sein de l’UE s’élevait à 76,99% selon les données de Gas Infrastructure Europe (GIE). Au rythme de progression des dernières semaines, soit près de 0,4 point de pourcentage supplémentaire chaque jour en moyenne depuis un mois, le seuil des 80% serait même atteint avant la fin du mois. A la même époque de l’an dernier, les stocks européens n’étaient remplis qu’à 66% et ils avaient grimpé à un maximum de 77% fin octobre. Ils étaient tombés à un plancher inférieur à 26% au milieu du mois de mars suivant.
La France en avance
Tous les pays ne sont pas au même niveau d’avancement. Avec un taux de remplissage de 88,97% au 20 août, la France, avec ses 131 térawatts-heure (TWh) de capacités, fait partie des bons élèves parmi les pays européens détenteurs d’importants moyens de stockage. Toujours selon les chiffres de GIE, l’Italie, qui dispose de capacités 50% supérieures à celles de l’Hexagone, et les Pays-Bas (141 TWh) sont un cran en dessous avec des taux de respectivement 79,39% et 72,38%. L’Allemagne, premier Etat européen en termes de capacités avec 244 TWh, approche des 80% mais le pays risque de ne pas atteindre son objectif, fixé à 95% au 1er novembre par le gouvernement, a averti le régulateur local de l’énergie la semaine dernière. Hors Union européenne, on notera la position particulière du Royaume-Uni. Le pays a, certes, rempli ses réserves à 100% mais celles-ci s’élèvent, selon GIE, à seulement 10,1 TWh, soit près de 13 fois moins que les capacités françaises. Un manque d’infrastructures qui explique en partie la flambée des prix de l’énergie que subit le pays ces derniers mois.
Mieux dotée, l’UE n’est pas pour autant à l’abri de sérieuses perturbations cet hiver. Mêmes remplies à 100%, les réserves de la zone ne couvrent qu’environ un quart de la consommation annuelle de gaz de l’Union. Une réduction forcée de la demande, qui pourrait aller jusqu’à 15% selon le règlement adopté fin juillet par le Conseil de l’UE, pourrait être inévitable en cas de coupure totale des approvisionnements russes. D’ici là, la volatilité des prix du gaz risque de rester élevée.
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