Faire de l’activisme une chance
Longtemps, les grandes banques ont pu se croire à l’abri des fonds activistes. La réglementation et les exigences en capital qu’elle implique dressaient autour des champions nationaux des remparts infranchissables. Les années de crise financière rendaient les superviseurs hostiles à toute tentative de déstabilisation du système, fût-elle fondée sur une analyse objective des forces et faiblesses d’une entreprise en particulier. Si les prêteurs régionaux américains composaient de longue date avec des actionnaires remuants, l’activisme bancaire n’avait à présenter pour tout fait d’armes en Europe qu’une catastrophe industrielle, la mise aux enchères et le dépeçage d’ABN Amro en 2007 à l’invitation du fonds TCI. Derrière ces hautes murailles, les dirigeants ayant échoué à redresser leurs cours de bourse pouvaient certes prendre la mesure du mécontentement de leurs actionnaires, mais ils restaient maîtres des horloges.
Ces temps sont révolus. La montée en puissance des activistes, toujours plus professionnels et qui ne se connaissent plus de limites, épouse des tendances de fond. La plupart des banques européennes cotées se paient en-dessous de leurs fonds propres et détruisent de la valeur. Leurs propriétaires savent désormais qu’ils seront impitoyablement mis à contribution jusqu’au dernier euro en cas de difficulté. Plus prononcée que dans d’autres secteurs, l’asymétrie de l’information entre dirigeants et actionnaires a protégé les premiers, mais peut aujourd’hui encourager les seconds à réclamer des comptes. La reprise attendue de la consolidation bancaire, que les régulateurs appellent à nouveau de leurs vœux pour les acteurs de taille moyenne, donne quant à elle des arguments aux activistes, ceux-ci faisant leurs choux gras du dynamisme des fusions et acquisitions.
Bousculées de toutes parts, les cibles des nouveaux trublions de la finance n’ont certes pas attendu ces derniers pour s’interroger sur leur stratégie. Les réductions de coûts et les cessions d’actifs à l’encan, solutions faciles, ne suffisent pas à fonder un modèle économique. De récents exemples montrent en outre qu’il est plus aisé de prodiguer aux autres des leçons de bonne gestion que de les appliquer soi-même.
Le sort de groupes systémiques ne saurait donc être laissé aux mains de flibustiers.
La branche des activistes qui se projette, elle, à long terme, et qui peut rallier à sa cause les gérants actifs traditionnels, envoie en revanche un message digne d’être écouté. La gouvernance bancaire a globalement failli jusqu’au début de la décennie, et la confiance des investisseurs paraît durablement écornée. C’est ce lien qu’il convient de restaurer, car sans secteur financier fort, jouissant de l’appui des marchés, l’Europe se condamne à une position de vassale.
Les activistes, comme d’autres, ont leur pierre à apporter à l’édifice
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