Eurofins se concentre sur la rentabilité et le désendettement

Dans un entretien à L’Agefi et à L’Agefi Dow Jones, Hugues Vaussy, le directeur financier, détaille les priorités du groupe après un record d’acquisitions ces deux dernières années.
Antoine Landrot et François Berthon
eurofins laboratoire recherche annalyse biologique
Eurofins Scientific est un groupe de laboratoires d'analyses.  -  Pixabay

L’Agefi: Comment voyez-vous l’évolution des principaux marchés d’Eurofins ?

Hugues Vaussy : Nos trois secteurs historiques – analyse des produits alimentaires, de l’environnement et des produits pharmaceutiques – bénéficient d’une belle dynamique : ils ont affiché une croissance organique supérieure à 6% dans le monde en 2018. L’activité de diagnostics cliniques/biologie médicale est entrée dans notre périmètre depuis 2014. Elle a connu une moindre progression dans l’immédiat en 2018, en raison notamment de déremboursements de tests de notre filiale Boston Heart Diagnostic aux Etats-Unis et de la réduction des prix de certains tests décidée par la CNAM en France sur des hypothèses de volumes trop optimistes. Ces deux éléments ont pesé respectivement de 70 et d’environ 100 points de base (pb) sur notre croissance organique en 2018.

Comment réduire la sensibilité du groupe aux évolutions des prestations sociales, qui ont pesé en 2018 ?

Il n’y a pas grand-chose à faire sur la partie prix des remboursements de frais de santé encadrés par les autorités de santé. En revanche, nous concentrons nos efforts sur l’innovation et l’offre de tests et cherchons parallèlement à améliorer la structure de coûts et la productivité des laboratoires. Cela passe par la création de grandes plates-formes pouvant absorber de grands volumes de tests et l’investissement dans des machines plus performantes.

Mais contrairement à nos autres activités, notre objectif n’est pas d’être leader par la taille sur ce marché : les analyses de routine, qui en représentent environ 90%, sont moins rémunératrices et déjà occupées par de très grands réseaux de laboratoires. Nous voulons nous différencier dans le diagnostic de spécialité, comme le diagnostic prénatal de maladies génétiques, la prédisposition au développement de cancers, le diagnostic précoce de maladies infectieuses… Ce marché des tests dits «ésotériques» représente entre 5 et 10 milliards d’Euros, sur les 160 milliards que représente la biologie médicale au plan mondial. Il est vrai que le rythme de validation et d’adoption des tests ésotériques est plus lent. C’est donc un pari sur l’avenir.

Plusieurs analystes émettent des doutes quant à la capacité d’Eurofins à atteindre son objectif de marge d’Ebitda ajusté de 20% d’ici à 2020. Quels seront vos leviers ?

Eurofins a réalisé plus de 100 acquisitions en deux ans, pour un chiffre d’affaires acquis d’environ 700 millions d’euros en base annuelle, en 2017 comme en 2018. Les leviers sont liés à la mise à niveau des acquisitions aux standards du groupe. Cela passe par l’optimisation de la structure de coût, les synergies commerciales ou encore les synergies de coûts sur la fonction achat. Nous pouvons raisonnablement attendre une progression de notre marge grâce à ces actions.

La marge d’Ebitda des laboratoires «matures» et présents avant 2017 était déjà en moyenne supérieure à 21% en 2018. Celle des laboratoires «matures» acquis en 2017 était de 19,5% en 2018, contre 17,9% en 2017. A côté de ce périmètre mûr, qui représentait 93% du chiffre d’affaires en 2018, notre périmètre «sous-performant» est composé d’acquisitions récentes et pour lesquelles des réorganisations sont nécessaires, et de laboratoires «start-up» qui dégagent encore des pertes opérationnelles. Mais ces pertes devraient devenir moins dilutives à partir de 2020: l’objectif des start-ups est d’atteindre l’équilibre en Ebitda en année 3.

Comment le profil de dette d’Eurofins va-t-il évoluer ?

L’objectif est de réduire progressivement le levier d’endettement net d’ici à 2020 et de revenir à des niveaux en ligne avec les ratios historiques (à savoir entre 1,5x et 2,5x l’Ebitda) au-delà de 2020. Eurofins affiche une longue expérience du financement de sa croissance externe. Pour rappel, nous sommes passés de 50 millions d’euros à 2 milliards d’euros de chiffre d’affaires entre 2000 et 2015 sans augmentation de capital. Le coût moyen du capital reste raisonnable pour Eurofins avec un coût moyen de sa dette Senior inférieur à 2% dès 2019. D’autre part, l’instrument hybride le plus ancien date de 2013, pour un montant de 300 millions d’euros avec un coupon de 7%. Il sera remboursable en janvier 2020. Si nous décidons de le rembourser, le coût moyen du capital hybride sera inférieur à 4%.

Eurofins compte être plus frugal en termes d’acquisitions et d’investissements. Peut-on néanmoins dégager une trajectoire ?

Le groupe sort de deux années record en termes d’acquisitions (2017-2018). En 2019 et 2020, Eurofins prévoit de revenir à un rythme régulier de petites acquisitions ciblées pour renforcer les barrières à l’entrée sur nos principaux marchés. Ce qui n’exclut pas des prises de position sur des marchés de niche, comme nous l’avons fait par exemple dans l’analyse des produits cosmétiques (avec l’acquisition de Dermscan et Clinical Research Laboratories en 2018).

Il en va de même pour les Capex. Nous avons beaucoup investi dans les sites, dans l’harmonisation des plates-formes informatiques pour faciliter le travail en interne et les ventes croisées entre l’ensemble des activités du groupe. Nous comptons revenir à un taux normatif de capex de l’ordre de 6% d’ici 2020, alors qu’il a dépassé 9% en 2018.

Eurofins est concentré à 85% en Europe et en Amérique du Nord. Qu’en est-il de votre diversification géographique ?

Nous sommes déjà présents avec parfois une position de leader en Amérique latine (comme dans l’analyse alimentaire au Brésil) et en Asie-Pacifique. Le potentiel de croissance est clair, notamment en Chine et en Inde, pays confrontés à de vrais enjeux de sécurité alimentaire et de pollution. Mais des motifs macroéconomiques (surtout en Amérique latine) et politiques expliquent que ces marchés ne sont pas pour l’instant ouverts davantage au développement de groupes privés étrangers.

Où en sont vos contacts avec l’AMF et le CSSF luxembourgeois à propos des rumeurs dont Eurofins a été l’objet ces derniers mois ?

Nous avons échangé avec les autorités les informations dont nous disposions concernant les fausses informations dont l’entreprise a fait l’objet. A notre connaissance, aucune enquête n’a été lancée pour l’instant. Mais nous continuons à remonter le fil de ces rumeurs pour en déterminer l’origine.

Le PDG Gilles Martin a indiqué en mars qu’Eurofins procéderait à des rachats d’actions si le cours tombait à un niveau déconnecté de la valeur intrinsèque des actifs. Qu’en est-il ?

Nous avons en effet préparé un nouveau programme de rachats d’actions que nous serons prêts à utiliser le cas échéant.

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