Chez Euroapi, la démission surprise de la gouvernance provoque une énième tempête boursière
Euroapi continue de jouer avec les nerfs des investisseurs. Deux mois après avoir finalisé le financement de son vaste plan de restructuration Focus-27, le fabricant de principes actifs pharmaceutiques (API) a annoncé la démission de son directeur général Ludwig de Mot, en poste depuis mars dernier, et de sa présidente du conseil Viviane Monges.
En Bourse, la sanction est à la hauteur de la déception suscitée par ces départs surprises. Le titre Euroapi a décroché hier de 26,7%, à 3,25 euros.
JPMorgan s’attendait à ce que ces départs soient mal accueillis par le marché. Viviane Monges était appréciée des investisseurs, indique l’intermédiaire financier. Le départ de Ludwig de Mot, un spécialiste des restructurations, était probablement attendu par le marché mais pas avant l’an prochain, le temps qu’il supervise l’exécution de la première année complète de son plan Focus-27, ajoute la banque.
Le conseil d’administration a nommé, avec effet immédiat, David Seignolle comme directeur général et Emmanuel Blin au poste de président indépendant du conseil.
Membre du conseil d’administration d’Euroapi depuis mai 2022, Emmanuel Blin, a été directeur de la stratégie du laboratoire Bristol Myers Squibb. Présent au comité exécutif d’Euroapi depuis plus d’un an, David Seignolle a occupé plusieurs postes de direction chez Teva Pharmaceuticals.
Cette nouvelle gouvernance doit désormais assurer la lourde tâche de redresser un groupe, encore détenu à 30% par son ancienne maison mère Sanofi, devenu l’emblème des scissions ratées. Son cours de Bourse a été divisé par trois depuis son introduction en Bourse en mai 2022, conséquence notamment de cinq avertissements sur résultats entre décembre 2022 et mars 2024.
Confronté à une perte nette de 189,7 millions d’euros en 2023 en raison de la chute de la demande des biotechs et des commandes plus faibles de Sanofi, son premier client, Euroapi a présenté en juin dernier un vaste plan de restructuration visant à améliorer sa compétitivité, qui prévoit une réduction de ses coûts, de ses effectifs et un recentrage sur ses productions les plus rentables. La société entend également vendre ses sites de production de Haverhill, au Royaume-Uni, et de Brindisi, en Italie, avant la fin de l’année 2027.
A lire aussi : La résurrection boursière d'Euroapi prendra du temps
Objectifs 2024 confirmés
Dans le sillage de l’annonce de ces départs, le groupe a confirmé ses prévisions de résultats 2024, attendus le 3 mars prochain.
Pour l’exercice en cours, Euroapi anticipe une baisse de son chiffre d’affaires comprise entre 8% et 11% à base comparable par rapport à 2023 où il avait atteint 1,01 milliard d’euros. En parallèle, la marge de «Core Ebitda» est attendue entre 4% et 7% en 2024, contre 9,2% en 2023 et 12,3% en 2022.
Le «Core Ebitda» d’Euroapi correspond au résultat opérationnel consolidé avant dépréciations et amortissements et hors coûts de restructuration, ces derniers étant estimés entre 110 millions et 120 millions d’euros entre 2024 et 2027.
Pour JPMorgan, une fois les annonces de démissions digérées, l’attention des investisseurs se portera sur les perspectives d’Euroapi pour l’année prochaine.
Selon la banque d’affaires, 2025 s’annonce «de transition, avec un rebond limité des résultats», soit une hausse d’environ 1% du chiffre d’affaires, une marge de «Core Ebitda» comprise entre 6 et 9%, ce qui, au point médian de 7,5%, impliquerait un «Core Ebitda» de 68,7 millions d’euros, soit environ 7% de moins que le consensus.
JPMorgan joue donc la prudence. A l’aune des antécédents d’Euroapi, cela peut se comprendre.
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