Les lunettes connectées d’EssilorLuxottica pourraient changer son statut boursier
EssilorLuxottica est-il en train de rentrer dans une nouvelle dimension, celle dévolue aux géants de la technologie ? Les chiffres publiés jeudi soir par le fabricant de lunettes et de verres correcteurs pourraient bien changer son statut aux yeux des investisseurs.
Le groupe a révélé des ventes record et supérieures aux attentes au titre du troisième trimestre, grâce notamment au succès de ses lunettes connectées développées en partenariat avec Meta dont la contribution commence à être dévoilée.
A la Bourse de Paris, l’action du groupe s’envolait de 13% vendredi, établissant au passage un nouveau sommet historique à 312,50 euros pour une capitalisation boursière de 144 milliards d’euros. Sur un an, le titre gagne désormais 44% et il a été multiplié par trois en cinq ans. A ce niveau, il capitalise 35 fois le profit net attendu par les analystes en 2026, un niveau de valorisation digne des stars de la tech ou du luxe.
Le chiffre d’affaires du groupe franco-italien s’est établi à 6,87 milliards d’euros au cours du trimestre écoulé, en hausse de 6,7% en données publiées. A taux de changes constants, les revenus se sont appréciés de 11,7% sur la période, marquant une forte accélération par rapport à la croissance de 7,3% enregistrée au cours des deux trimestres précédents. Le marché anticipait un chiffre d’affaires de 6,75 milliards d’euros pour le trimestre écoulé, selon un consensus de neuf analystes compilé par Visible Alpha.
«Nous publions aujourd’hui notre meilleur trimestre depuis la création du groupe», a souligné Francesco Milleri, le président-directeur général d’EssilorLuxottica. Les revenus ont notamment été tirés par «la croissance exponentielle des lunettes avec IA» et par une accélération en Amérique du Nord, a ajouté EssilorLuxottica.
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Lunettes connectées et myopie
Pour la première fois, les dirigeants ont d’ailleurs donné une estimation du poids de ces lunettes connectées développées avec Meta qui bénéficient d’une «appétence» forte de la part des consommateurs, «stimulée par l’annonce de trois nouveaux modèles très attractifs». Ces «wearables» ont contribué à hauteur «de plus de quatre points de pourcentage» à la croissance trimestrielle d’EssilorLuxottica, ont-ils indiqué lors d’une conférence avec les analystes. Cela correspond à un niveau de ventes «compris entre 250 et 300 millions d’euros», indiquent les spécialistes de Bank of America qui prévoyaient de leur côté une contribution limitée à 140 millions d’euros sur le trimestre.
En conséquence, la banque américaine a immédiatement relevé sa recommandation sur l’action EssilorLuxottica à «acheter» avec un objectif de cours augmenté de 284 euros à 342 euros. La prise en compte d’un taux de pénétration des lunettes connectées plus rapide que prévu l’a poussée à revoir en hausse ses prévisions de croissance pour l’entreprise de 1% à 4% par an pour les dix prochaines années. Bank of America anticipe désormais un taux de croissance organique annuel entre 2026 et 2029 compris entre 9% et 11%, soit le double du rythme de progression historique du groupe qui se situait, selon BofA, plutôt entre 4% et 5%.
De leur côté, les analystes d’UBS reconnaissent que le niveau de contribution à la croissance des lunettes connectées «peut être considéré comme un bon indicateur de la taille future» de ce marché. Ils apprécient en outre la montée en puissance de Stellest, le produit développé par EssilorLuxottica pour ralentir la myopie chez les enfants, qui pourrait représenter un autre moteur de croissance significatif. Ces éléments pourraient «positionner EssilorLuxottica comme l’une des entreprises à la croissance la plus rapide du secteur», estiment les spécialistes de la banque suisse qui jugent «qu'à 35 fois le bénéfice par action, le marché anticipe clairement une disruption très réussie». Dans ce contexte, ils se montrent toutefois prudents, préférant «attendre des preuves supplémentaires d’une dynamique durable avant d’adopter une position plus constructive».
Une analyse partagée par les spécialistes d’AlphaValue. «La dynamique est vraiment forte et l’engouement autour des produits Meta/Ray-Ban est indéniable», mais «cela est clairement intégré dans la valorisation» actuelle de l’entreprise, estiment-ils. «A moins d’anticiper un rachat éventuel d’EssilorLuxottica par Meta», les analystes du bureau d’études indépendant recommandent de prendre des bénéfices sur la valeur.
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