Colonial signe une restructuration de dette record
Après des mois de négociations, le groupe immobilier espagnol Colonial est parvenu vendredi à un accord avec ses créanciers pour restructurer 4,96 milliards d’euros de dettes. L’opération, l’une des plus importantes du genre en Europe, passe par un appel au marché de 1,9 milliard d’euros et une conversion massive de dette (voir graphique). Conseillé par Lazard, Colonial s’est donc rendu à la raison face à ses banquiers, tels Crédit Agricole CIB (environ 20 % de la dette). Ceux-ci prennent de fait le contrôle de l’entreprise.
«Les établissements financiers auront un poids important dans la compagnie mais nous ne savons pas à quel niveau», a reconnu vendredi, en conférence de presse, le conseiller délégué de Colonial, Pere Vinolas, tout en avançant que leur présence devrait dépasser 50% du capital. Calyon, Eurohypo, RBS et les fonds Colony Capital et Orion, principaux créanciers du groupe immobilier, pourraient en fait s’emparer de la quasi-totalité du capital - jusqu'à 90% - après la restructuration. Cela dépendra en partie du succès auprès des actionnaires existants – parmi lesquels figurent Banco Popular et La Caixa – d’une augmentation de capital de 1,95 milliard d’euros réalisée à 0,12 euro par titre, avec droit préférentiel de souscription. Vendredi, l’action Colonial a fini en baisse de 8,3% à 0,155 euro.
Les banques convertiront en capital par ailleurs 1,3 milliard d’euros d’obligations convertibles souscrites en décembre 2008, ainsi que l'équivalent de 1,9 milliard d’euros de dettes sur la base de 0,12 euro par action aussi.
Le tronc principal de la dette, soit 2 milliards d’euros dont 1,7 milliard revenant au crédit syndiqué coordonné par les créanciers étrangers, «restera lié à l’activité ordinaire de la gestion du patrimoine de la société», précise Colonial. Les revenus de location des immeubles qu’il possède à Madrid, Barcelone et Paris ainsi que sa participation majoritaire de 53,4% dans sa filiale française Société foncière lyonnaise (SFL) serviront de garanties au prêt non amortissable dont l'échéance est reporté au 31 décembre 2014.
Les nouvelles constructions et terrains à vendre seront eux isolés dans une nouvelle filiale indépendante à laquelle seront rattachés 1,01 milliard d’euros de dette sans recours sur la maison mère, dont l'échéance est reportée à cinq ans. Les créanciers renoncent ici «à réclamer à Colonial le remboursement du montant ou des intérêts de cette dette» avant cette date, précise la société dans le communiqué envoyé aux autorités financières vendredi. Pere Vinolas a rejeté vendredi l’idée que cette nouvelle structure servirait à isoler des «actifs toxiques» en affirmant qu’elle visait à «maximiser la valeur pour l’actionnaire» en concentrant les actifs «non stratégiques» hors de la société mère.
Les actionnaires devraient être convoqués en assemblée à la fin avril pour approuver la restructuration.
Le président de Colonial, Juan José Bruguera, espère boucler le processus d’ici à fin juillet. «La nature et l'état des actifs de Colonial ont été fondamentaux pour parvenir à cette restructuration», a-t-il affirmé avant de préciser que «Colonial se recentre sur son ancien foyer d’exploitation d’immeubles» et «pourra affronter de futurs défis immobiliers grâce à l’augmentation de capital».
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