Bruxelles s’attelle enfin à la protection des lanceurs d’alerte
C'était il y a deux ans exactement. En avril 2016, les députés européens terminent un débat difficile sur une directive protégeant le secret des affaires – un sujet polémique après les scandales LuxLeaks et PanamaPapers. L’aile gauche du Parlement en profite pour demander à la Commission européenne de proposer un texte qui assurerait une protection effective des lanceurs d’alerte. Cette dernière refuse, avançant qu’elle n’a pas les pouvoirs nécessaires – déclenchant l’ire des eurodéputés et de dizaines d’ONG, qui lancent une campagne de grande envergure.
Deux ans plus tard, ces dernier ont finalement gagné. Cédant aux pressions, l’exécutif européen doit publier lundi 23 avril une proposition de directive dédiée à la protection des lanceurs d’alerte.
Le texte, obtenu par L’Agefi, risque toutefois d’en décevoir plus d’un. Afin de rester dans les limites strictes de la légalité, ce dernier ne s’applique qu'à un nombre limité de secteurs – une dizaine de domaines incluant notamment les marchés publics, les services financiers, le blanchiment d’argent, le financement du terrorisme, la protection des consommateurs et la sûreté nucléaire.
Dans ces domaines, toutes les entreprises publiques et privées (sauf celles de moins de 50 employés) devront mettre en place un système interne de reporting permettant de déclarer les atteintes au droit européen. Le système vise principalement les employés, mais un article permet de couvrir d’autres personnes ayant une relation privilégiée avec l’entreprises – stagiaires, bénévoles, actionnaires, et mêmes certains indépendants.
En parallèle, la directive crée également un système de reporting public, vers lequel les employés peuvent se tourner, soit s’ils n’ont pas de réponse du système de reporting interne, soit s’ils estiment que leur sécurité n’est pas garantie par celui-ci.
Le tout, bien sûr, est assorti de l’obligation d’un jeu de protection et de sanctions. Pour les lanceurs d’alerte dont l’identité est connue, les Etats doivent en effet avoir des sanctions «efficaces, proportionnées et dissuasives» contre toute personne essayant d’exercer des représailles.
Enfin, les «faux» lanceurs d’alerte – ceux qui inventent ou exagèrent des infractions pour nuire à la réputation d’une entreprise – bénéficient d’une clause sur mesure : des sanctions dissuasives pour les empêcher de détourner le dispositif.
Plus d'articles du même thème
-
La fiducie-gestion à la croisée des chemins
Prometteuse sur le papier, la fiducie-gestion n'a jamais vraiment décollé. À l'heure de la grande transmission des patrimoines, ses défenseurs réclament une évolution de la loi pour lui permettre de jouer pleinement son rôle. -
La cour d'appel ouvre la voie à un nouvel épisode du feuilleton Vivendi-Bolloré
La cour d’appel de Paris, cour de renvoi, a apporté la même réponse que l’Autorité des marchés financiers en novembre 2024 au dossier Vivendi-Bolloré, se bornant à une stricte lecture des textes, sans se prononcer sur les possibles lectures du contrôle de fait ouvertes par la Cour de cassation. -
La cour d’appel estime à son tour que Bolloré ne contrôle pas Vivendi
Dans sa décision du 8 juillet 2026, la cour d’appel de Paris a suivi la Cour de cassation en estimant que Vincent Bolloré et Bolloré SE ne contrôlaient pas Vivendi et n'avaient pas à lancer une offre de rachat des minoritaires.
ETF à la Une
La Corée du Sud suspend la cotation des ETF à effet de levier
- Les créanciers d’Altice International contre-attaquent
- L'Europe se prépare à alléger les exigences en capital de ses banques
- Axa sort du capital d’Ardian au profit des Assurances du Crédit Mutuel et de Wafra
- Le secteur du luxe amorce une reprise au deuxième trimestre
- Le secteur technologique donne des signes de craquements en Bourse
Contenu de nos partenaires
-
EXCLUSIF CapitalisationSouveraineté industrielle : l'urgence de la capitalisation
Après le rachat de LMB Aerospace par un groupe américain, Sébastien Lecornu avait chargé trois parlementaires d'évaluer l'arsenal français dans un contexte de guerre économique mondiale. L'Opinion dévoile en exclusivité leurs recommandations -
Bouche-trouParis : logements vacants et meublés de tourisme surtaxés dès 2027
Le Conseil de Paris a voté la semaine dernière deux nouvelles mesures fiscales défavorables aux propriétaires, alors que les recettes sont plombées par un marché immobilier atone -
EditorialAvantage en nature chez EDF : le scandale des rentiers de l'Etat-providence
La France soi-disant ultra-libérale est bonne fille : ce droit octroyé en 1947 n'a pas été révisé depuis 1951