BP a sous-estimé le risque de conflit d’intérêts dans ses activités russes
Les prochains jours promettent d’être mouvementés pour Bob Dudley, directeur général de BP. Ce dernier a en effet jusqu’au 14 avril pour parvenir à un accord avec la partie russe de sa coentreprise TNK-BP, étape indispensable à la réalisation de l’alliance qu’il entend nouer avec le groupe énergétique Rosneft. Les actionnaires russes de TNK-BP sont regroupés dans le consortium Alfa-Access-Renova (AAR) qui représente les intérêts des oligarques Mikhail Fridman, Leonard Blavatnik, Viktor Vekselberg et German Khan.
Ceux-ci estiment que l’alliance prévue entre BP et Rosneft, portant sur l’exploitation de gisements d’hydrocarbures dans l’Arctique, «rompt le pacte en vertu duquel les projets de croissance de BP en Russie doivent être réalisés à travers TNK-BP». De surcroît, le pétrolier britannique, pour des raisons de confidentialité, a longtemps négligé de porter à la connaissance d’AAR l’étendue de la coopération stratégique prévue avec Rosneft, qui inclut une prise de participation croisée de 16 milliards de dollars entre les deux groupes (9,5% du capital de Rosneft échangé contre 5% du capital de BP).
Selon le Wall Street Journal, AAR a rejeté une offre d’indemnisation de «plusieurs centaines de millions de dollars», tout comme la proposition alternative de BP de participer à des projets à l’international, en échange d’une renonciation à ses droits. Bob Dudley a fait état d’une «solution commerciale raisonnable» dont il doit définir les termes à brève échéance. BP pourrait racheter les parts russes dans TNK-BP ou tenter de les faire racheter par le Kremlin, sachant que Vladimir Poutine avait avalisé mi-janvier l’accord conclu entre BP et Rosneft. Mais des luttes de pouvoir ont poussé hier à la démission le président de Rosneft Igor Sechin, un proche de Vladimir Poutine, alors même qu’il s’est particulièrement impliqué dans les négociations avec BP.
De façon surprenante, Bob Dudley, ancien dirigeant de TNK-BP, semble avoir tardé à prendre la mesure du conflit d’intérêts qui se formait. La résolution de ce contentieux est d’autant plus importante pour lui que l’assemblée générale de BP, également prévue jeudi prochain, devrait conduire les actionnaires à l’interpeller sur l’évolution de la gouvernance du groupe, un an après l’explosion d’une de ses plates-formes de forage qui a provoqué une gigantesque marée noire dans le Golfe du Mexique.
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