Bolloré gagne sur les deux faces avec Universal Music
Le Groupe Bolloré, premier actionnaire de Vivendi, va profiter plutôt deux fois qu’une de la valeur d’Universal Music Group (UMG), la filiale du groupe de divertissement dont ce dernier prévoit de distribuer 60% du capital à ses actionnaires selon des modalités précisées ce mercredi. La mise en paiement de ce dividende exceptionnel sera réalisée le 29 septembre, avec un détachement le 27 septembre. Chaque action Vivendi donnera droit à une action UMG. Les actions UMG seront cotées à la Bourse d’Amsterdam.
«Le montant de la distribution en nature sera déterminé en multipliant le nombre d’actions UMG distribuées par le cours de bourse d’ouverture de l’action UMG sur le marché réglementé Euronext Amsterdam à la date de détachement de la distribution en nature», explique Vivendi dans un rapport spécial sur l’opération. Selon le groupe, «à la date du présent rapport, 60% du capital et des droits de vote d’UMG est évalué à 19,8 milliards d’euros».
Cette évaluation «résulte de travaux d’expertise financière menés par le cabinet PwC et confirmés par le cabinet EY», précise Vivendi. Elle donne une valeur totale de 33 milliards d’euros pour 100% du capital d’UMG, soit 3 milliards d’euros de plus que la valeur de la maison de disque retenue lors de la vente fin 2020 de 10% de son capital au groupe chinois Tencent. Ce dernier avait déjà acheté 10% du capital début 2020, toujours sur une valeur totale de 30 milliards d’euros.
A 33 milliards d’euros, UMG vaut à elle seule autant que tout Vivendi, ce qui donne une valorisation nulle aux autres activités du groupe (Canal +, édition, Gameloft...).
Minoritaires attentifs
Dans son rapport, Vivendi indique avoir vocation à conserver 20% du capital d’UMG mais «continue de recevoir des manifestations d’intérêts d’investisseurs potentiels» et «pourrait vendre une partie de ses actions UMG à un partenaire stratégique avant ou après» la distribution des actions. Vivendi «a néanmoins l’intention de conserver durablement au moins 10% du capital d’UMG», ajoute le groupe. En supposant que Vivendi vende 10% du capital d’UMG, cela lui rapporterait 3,3 milliards d’euros supplémentaires, en plus des 6 milliards déjà encaissés avec la cession des 20% à Tencent.
Vivendi a toujours dit qu’il utiliserait ces ressources pour financer des acquisitions et en rendrait une partie à ses actionnaires sous la forme de rachats d’actions. Dans l’avis de convocation à l’assemblée générale du 22 juin qui doit se prononcer sur l’opération, Vivendi précise les modalités de cette possible offre publique de rachats d’actions (Opra). Celle-ci pourrait porter au maximum sur 50% du capital de Vivendi, à un prix de 29 euros par action. Ce jeudi, Vivendi cotait 28,84 euros.
Détenteur d’un peu moins de 30% de Vivendi, Bolloré sera ainsi doublement gagnant. Il sera le premier bénéficiaire de la distribution d’actions UMG : la part de 20% dont il héritera vaut 6,6 milliards d’euros. Les rachats d’actions augmenteront aussi sa position au capital de Vivendi sans avoir un euro à débourser.
Certains minoritaires de Vivendi s’inquiètent de ce mécanisme qui pourrait permettre à Bolloré de prendre un plein contrôle du groupe de médias sans devoir lancer d’offre publique sur tout le capital, à condition que l’Autorité des marchés financiers lui accorde une dérogation sous le prétexte que le passage au-dessus du seuil de 30% déclenchant normalement une offre publique est passif, car lié à des rachats d’actions. Lors de l’AG 2019, la résolution visant à donner à Vivendi le droit de racheter 25% de son capital (autorisation non utilisée) n’avait été votée qu'à 66%.
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