Believe, le warning de Warner à la place financière de Paris
L’attractivité de la place financière française ne se décrète pas, elle se construit. La sortie de cote de Believe, le spécialiste des services numériques pour les musiciens et les labels, va offrir un beau cas d’école de protection des actionnaires minoritaires à la Bourse de Paris. En officialisant jeudi son intérêt pour l’entreprise, l’américain Warner Music a mis dans le juke-box la pièce que certains espéraient.
Le processus était pourtant réglé comme du papier à musique. Mi-février, le PDG-fondateur de Believe s’alliait à deux fonds d’investissement, TCV et EQT, pour monter à 72% du capital et lancer une offre de retrait sur le solde à 15 euros par titre. S’agissant d’une entreprise qui s’était cotée en juin 2021 au prix unitaire de 19 euros, la manœuvre paraissait cavalière. Soit l’action avait été vendue trop cher au marché il y a trois ans, un scénario plausible quand on connaît la propension de certains banquiers à promettre monts et merveilles pour remporter un mandat d’introduction en Bourse. Soit le prix de retrait proposé était peu généreux pour les minoritaires, alors que l’entreprise vante ses perspectives de croissance. Les initiateurs de l’offre ne prenaient qu’un vrai risque, échouer à atteindre le seuil de détention de 90% du capital qui permet le retrait de cote en France.
Avec Warner Music, les actionnaires voient désormais se dessiner une alternative. Le label américain leur fait miroiter une offre d’au moins 17 euros par titre, en cash, pour autant qu’il puisse étudier plus en détail les comptes de Believe. Son approche a provoqué une réaction surprenante. Afin d’accélérer ses achats de blocs d’actions, le consortium concurrent a renoncé à la remise d’une attestation d’équité par un expert indépendant. Un choix que Warner juge contraire à la réglementation française, l’objet d’une telle attestation étant précisément de garantir à tous les actionnaires qu’on ne les maltraite pas.
Voilà un intéressant sujet pour les experts en droit boursier, à commencer par ceux de l’Autorité des marchés financiers. Mais aussi pour le Fonds stratégique de participations, le véhicule commun aux grands assureurs de la place, qui détient près de 4% de Believe et aura noté que l’action vaut désormais plus que 15 euros. Stay tuned.
A lire aussi : La décote, un passage obligé pour les prochaines introductions en Bourse
Plus d'articles du même thème
-
La cour d'appel ouvre la voie à un nouvel épisode du feuilleton Vivendi-Bolloré
La cour d’appel de Paris, cour de renvoi, a apporté la même réponse que l’Autorité des marchés financiers en novembre 2024 au dossier Vivendi-Bolloré, se bornant à une stricte lecture des textes, sans se prononcer sur les possibles lectures du contrôle de fait ouvertes par la Cour de cassation. -
La cour d’appel estime à son tour que Bolloré ne contrôle pas Vivendi
Dans sa décision du 8 juillet 2026, la cour d’appel de Paris a suivi la Cour de cassation en estimant que Vincent Bolloré et Bolloré SE ne contrôlaient pas Vivendi et n'avaient pas à lancer une offre de rachat des minoritaires. -
Le tribunal arbitral apporte un premier soulagement à Scor dans l'affaire Covéa
Par une décision rendue jeudi 25 juin, le tribunal arbitral met un terme à près de quatre ans de conflit entre Scor et Covéa portant sur des accords de rétrocession en réassurance vie. Une avancée pour le réassureur dont le cours de Bourse avait souffert de l’affaire, mais pas la fin de l’histoire. D’autres procédures liées sont encore en cours.
ETF à la Une
Les ETF d’actions américaines signent un retour en force au deuxième trimestre
- La nouvelle hausse du Livret A coûtera plus de 800 millions d’euros aux banques
- La Corée, un tigre asiatique qui commence à vieillir
- Christine Lagarde pourrait quitter la BCE plus tôt que prévu à cause de la présidentielle française
- Les actions coréennes approchent du bear market
- L’éthique algorithmique s’imposera bientôt au secteur financier
Contenu de nos partenaires
-
Vie de coupleLe Pen-Bardella : le pari d'un ticket inédit
Pour son lancement de campagne, Marine Le Pen vante le « ticket gagnant » qu’elle forme avec Jordan Bardella pour 2027. Une configuration inédite – et dangereuse ? – sous la Ve République -
EntêtementQuoi qu'il en coûte, l'Iran veut garder la maîtrise du détroit d'Ormuz
Le régime iranien a encore visé des navires empruntant le passage stratégique, quitte à déclencher la fureur de Donald Trump -
Prise de risqueGabriel Attal et Edouard Philippe peuvent-ils survivre à la campagne imposée par Marine Le Pen ?
Une candidature avec un bracelet à la cheville ? La leader du RN a pris son risque et savoure ce qu'elle appelle une « renaissance ». Elle promet de libérer le pays. Autant de mots qui ont fait l'identité politique des macronistes. Mais ont-ils la capacité de réagir ?