Au plus haut depuis 2011, Eramet n’a pas comblé toute sa décote boursière
Un début d’année nickel-chrome. Grâce à un bond de 108%, l’action Eramet a signé la meilleure performance de l’indice SBF 120 au premier trimestre, inscrivant même le 25 mars un nouveau sommet en clôture depuis août 2011, à 160,20 euros. Sur la période, le titre du spécialiste de l’extraction de minéraux a profité de puissants catalyseurs de hausse, tant conjoncturels que structurels.
«Les investisseurs ont plébiscité l’action Eramet du fait de la récente envolée des prix des principaux métaux extraits par le groupe minier : le manganèse et surtout le nickel», indique Fabrice Farigoule, analyste chez AlphaValue. Entre fin 2021 et aujourd’hui, la relance de la production industrielle chinoise a soutenu le prix du minerai de manganèse, qui a augmenté de près de 30%, pour s'établir en 7 et 8 dollars par Dmtu («Dry metric ton unit») ou unité de tonne métrique commercialisable sous forme sèche.
Les prix du nickel ont quant à eux progressé de près de 55% au cours des trois premiers mois de l’année, le métal s'échangeant à plus de 32.000 dollars la tonne en fin de période. Cette accélération a été provoquée par l’invasion de l’Ukraine par la Russie, qui est le troisième producteur mondial de nickel, et par les investissements spéculatifs du producteur d’acier chinois Tsingshan, par ailleurs partenaire d’Eramet sur plusieurs projets.
La croissance des prix des métaux est un facteur déterminant des performances d’Eramet. En effet, la société indique qu’une hausse de 2.200 dollars du prix d’une tonne de nickel se traduit par une progression de 93 millions d’euros de l’excédent brut d’exploitation (Ebitda). Quand le prix du minerai de manganèse augmente de 1 dollar par Dmtu, l’effet positif sur l’Ebitda atteint 224 millions d’euros. Le cours moyen du nickel ayant augmenté de plus de 11.000 dollars au premier trimestre par rapport aux trois premiers mois de 2021, l’effet prix au niveau de l’Ebitda d’Eramet est ainsi proche de 470 millions d’euros sur cette période.
L'électrification et la décarbonation de l'économie soutiendront l’activité
«Bien qu'élevés, les prix du nickel et du manganèse sont soutenables, car la demande pour ces métaux essentiels à la décarbonation de l'économie mondiale va continuer à croître», assure un analyste basé à Paris, pour qui Eramet conserve du potentiel en Bourse. «Le marché n’a pas totalement mesuré la capacité dont dispose la société pour réduire encore son endettement, tout en conservant un haut niveau d’investissement», ajoute-t-il. Selon cet analyste, la dette nette devrait s'établir à 600 millions d’euros à la fin de cette année, contre 936 millions d’euros au 31 décembre 2021 et 1,38 milliard d’euros au 31 décembre 2020.
«Eramet a réduit d’environ 400 millions d’euros ses coûts opérationnels au cours des deux dernières années, sa gouvernance est stabilisée, ses actifs les moins stratégiques ont été vendus ou sont en cours de cession et les performances de sa filiale Société Le Nickel en Nouvelle-Calédonie se redressent», observe Fabrice Farigoule, chez AlphaValue. «Ayant entamé début 2022 la construction d’une usine de production de lithium en Argentine, le groupe démontre qu’il se préoccupe de l’avenir», complète-t-il.
Bien que l’entrée en production de ce site argentin d’extraction de lithium ne soit prévue qu’en 2024, certains analystes commencent à valoriser cette initiative. Oddo BHF attribue à ce développement une valeur de 13 euros par action. Toujours à l’horizon 2024, Eramet prévoit aussi d’entamer avec Suez la construction d’une usine de recyclage de batteries lithium-ion. Ces diversifications dans le lithium constituent un puissant relais de croissance pour l’entreprise, en même temps qu’elles réduisent sa dépendance aux cycles économiques. «Pour le nickel, qui est un métal indispensable à l'électrification des industries, nous pouvons déjà parler de ‘super cycle’, dont nous n’apercevons pas vraiment la fin», assure un spécialiste des matières premières.
Malgré une percée de 150% en un an, l’action Eramet reste modestement valorisée au vu de l’ensemble des soutiens dont bénéficie le groupe et de ses flatteuses perspectives. Au cours actuel de 152,50 euros, elle s'échange selon un ratio valeur d’entreprise sur Ebitda de 3,5 pour 2022 et de 4,5 pour 2023, à comparer à une moyenne historique comme sectorielle autour de 5,5. Ce qui explique pourquoi la totalité des quatre analystes couvrant le titre recensés par FactSet recommandent de l’acheter.
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