Eramet se sépare enfin d’Aubert & Duval
L’avenir d’Aubert & Duval semble enfin s'éclairer. Sa maison mère, le groupe minier Eramet, vient de signer un protocole d’accord avec un consortium formé d’Airbus, Safran et Tikehau ACE Capital pour lui céder sa filiale d’acier de hautes performances, fournisseur de la filière aéronautique. Les trois acquéreurs détiendront à parts égales la holding qui achètera Aubert et Duval.
Un dossier de longue haleine. Dès juin 2020, Eramet avait lancé une revue stratégique d’Aubert & Duval, en envisageant toutes les options. Très rapidement Safran avait manifesté son intérêt, et le nom d’Airbus comme partenaire était apparu. Pourtant, le dossier patinait, Eramet n’ayant sans doute pas pu obtenir le prix espéré. Le sujet avait aussi alimenté les tensions, début 2021, entre la famille Duval et le management du groupe.
La transaction se réalisera en effet sur la base d’une valeur d’entreprise de 95 millions d’euros – Eramet ne précise pas le montant de la dette – pour un chiffre d’affaires d’environ 500 millions d’euros. Un petit prix en raison des difficultés de la société. Au premier semestre 2021, le chiffre d’affaires était en recul de 9% à 245 millions d’euros en raison de la crise aéronautique, pour une perte d’Ebitda de 14 millions. Au troisième trimestre, les ventes reculaient de 14%. Les résultats 2021 seront dévoilés ce mercredi par Eramet. En 2020, les ventes d’Aubert et Duval avaient reculé de 16% à 539 millions d’euros, pour une perte d’Ebitda de 87 millions.
Aussi, cette cession se traduira par une perte de 340 millions d’euros dans les comptes 2021 d’Eramet, mais n’aura pas d’impact sur la dette du groupe fin 2021. « Nous apprécions les efforts du management pour redresser les résultats du groupe, en se concentrant sur les actifs rentables et en cédant les foyers de pertes, quand cela est possible, note Octo Finances. Cette tâche n’est pas évidente, car ces actifs sont souvent considérés comme stratégiques, ce qui nécessite l’accord de l’Etat ».
L’Etat s’octroie une golden share
Avec cette cession, dont la finalisation est attendue au quatrième trimestre 2022, Eramet se recentre sur ses activités minières et métallurgiques et pourra se consacrer au développement de métaux pour la transition énergétique. De leur côté, Airbus et Safran comptent « sécuriser leur approvisionnement stratégique et le développement de nouveaux matériaux destinés aux programmes d’avions et de moteurs civils et militaires, actuels et futurs ».
Dans le cadre de cette opération, une action spécifique a été instituée par l’Etat au capital d’Eramet, protégeant certains actifs stratégiques détenus par Aubert & Duval. Cette action spécifique sera remplacée par une action de même nature au sein d’Aubert & Duval à la réalisation effective de la transaction. Cette golden share a été attribuée à l’Etat par décret du 18 février dernier. Cette « action spécifique » a pour objet de « protéger les intérêts essentiels de la France dans le domaine des matériaux indispensables aux besoins de la défense nationale dans les secteurs aéronautique, naval, terrestre et nucléaire, et notamment la préservation des capacités d’innovation, de conception et de production, ainsi que la sécurité de l’approvisionnement concernant ces matériaux ».
Grâce à cette action spécifique, le ministre de l’Economie peut s’opposer par arrêté à toute décision d’Eramet « ayant pour effet, directement ou indirectement, de céder, apporter ou transmettre » certains actifs « ou de les affecter à titre de sûreté ou garantie, si cette décision est de nature à porter atteinte aux intérêts essentiels de la France ».
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