Atos a besoin de sang neuf
C’est l’histoire d’un champion industriel que le monde aurait pu nous envier. Informatique en nuage, cybersécurité, data, Atos avait tout, sur le papier, pour déplacer les foules. Sa descente aux enfers boursiers n’en est que plus spectaculaire. L’entreprise a usé deux directeurs généraux en deux ans, publié de lourdes pertes et annoncé avant l’été un coûteux plan de scission de ses activités qui a fait un flop auprès des investisseurs. Le prix de l’action a été divisé par dix en cinq ans. Les coûts d’emprunt de l’entreprise sur le marché obligataire atteignent 10%. Depuis l’été, plusieurs actionnaires ont décidé de porter le fer publiquement contre le conseil d’administration. Ils réclament un renouvellement de l’instance et le départ de son président, qui y siège depuis quatorze ans. Leur campagne va rythmer la vie du groupe d’ici à la prochaine assemblée générale, car leur angle d’attaque est le bon.
Recrutement ubuesque
La gouvernance d’Atos a beaucoup fait pour l’impasse actuelle. Longtemps, son directeur général Thierry Breton a régné sans réels contre-pouvoirs. En multipliant les acquisitions, il a masqué la sous-performance opérationnelle du groupe, le déficit d’innovation en interne et le déclin d’activités traditionnelles comme l’infogérance. Une fuite en avant ? Si le commissaire européen n’est pas comptable des erreurs de ses successeurs, l’inventaire de ces années-là, avec de lourdes dépréciations d’actifs à la clé, invite à l’humilité. La suite a exposé d’autres défauts dans la cuirasse : des failles du contrôle interne dans des filiales américaines, un projet avorté de croissance externe qui ne cadrait plus avec la stratégie de développement vendue aux marchés financiers. Jusqu’à l’ubuesque recrutement, en fin d’année dernière, d’un patron qui n’était pas un expert des services numériques, ne partageait pas la vision du conseil sur les remèdes à adopter, et a annoncé son départ le jour même où il présentait aux investisseurs le plan de démantèlement d’Atos.
Parce que certains de ses métiers sont nés dans la sphère publique et affectent la sécurité de l’Etat, l’entreprise pouvait se croire à l’abri de toute campagne activiste. Ne compte-t-elle pas un ancien Premier ministre, Edouard Philippe, parmi ses administrateurs ? Mais la technostructure touche du doigt ses limites quand les investisseurs et les dirigeants-clés se ruent vers la sortie. Ces derniers mois, Atos a commencé à prendre la mesure du problème. Il a confié ses rênes opérationnelles à un triumvirat dont l’expertise et la compétence sont louées même chez les investisseurs les plus critiques. Il a aussi fait entrer du sang neuf à son conseil. Une prise de conscience nécessaire, mais bien tardive et encore insuffisante. La bataille pour la présidence d’Atos est lancée.
Plus d'articles du même thème
-
Apple garde l'innovation produit au centre de sa stratégie avec John Ternus
Le constructeur de l’iPhone promeut l'ingénieur John Ternus pour remplacer Tim Cook, à la barre depuis 2011. Dans la culture d’Apple, le produit demeure central, malgré la vogue de l’IA qui redessine le paysage technologique de demain. -
Tim Cook annonce son départ d’Apple
L’emblématique directeur général d’Apple sera remplacé par John Ternus dont le nom circulait déjà depuis plusieurs semaines. -
Le fonds souverain norvégien appuiera la réélection du président de BP
NBIM se démarque ainsi de plusieurs ONG et de fonds de pension britanniques qui critiquent la politique environnementale du groupe d’hydrocarbures.
ETF à la Une
Les investisseurs en ETF se détournent des actions européennes
- HSBC va revoir sa politique de télétravail en France d’ici l’été
- La banque Delubac taille dans ses effectifs pour faire face à des difficultés financières
- TotalEnergies annonce la couleur avant ses résultats trimestriels
- Bouygues Telecom, Orange et Iliad engagent une consolidation historique des télécoms
- L'entrée en relation bancaire numérique embarrasse les réseaux traditionnels
Contenu de nos partenaires
-
Une fois, pas deux« Pas question de revivre un psychodrame » : le PS cherche comment éviter le piège du budget 2027
Vaccinés par les errements de l’année passée, les socialistes voudraient s’éviter le supplice d’une précampagne présidentielle polluée par des négociations à l’aveugle avec Sébastien Lecornu -
Avant liquidationBudget 2027 : Lecornu veut sa dernière bataille
Présidentielle oblige, le prochain budget sera écrit par le successeur d'Emmanuel Macron à l'été 2027. Le Premier ministre actuel n'entend pourtant pas patienter jusque là et promet une copie ambitieuse cet automne -
EditorialImmigration : et si la France balayait devant sa porte ?
En matière d’immigration comme de finances publiques, la France, mauvaise élève de l’Europe, n’a les moyens de sermonner personne, même le gouvernement socialiste espagnol qui vient d’annoncer la régularisation de 500 000 travailleurs sans-papiers