Areva prend plus clairement ses distances avec Eramet
Arrivé aux commandes d’Areva en juin 2011, Luc Oursel marque progressivement sa différence avec l’ancienne présidente du directoire, Anne Lauvergeon. Alors que celle-ci répétait à l’envi que les 25,69% détenus au capital d’Eramet était «trop ou pas assez», son successeur a indiqué vendredi au Wall Street Journal être disposé à vendre cette participation: «si l’Etat donne son accord, oui, nous le ferons».
Reçus de l’Etat français en 1999, lors de la recomposition du capital d’Eramet, ces 25,69% ne sont pas stratégiques pour Areva. Au contraire, une cession permettrait de faire rentrer dans les caisses des fonds bienvenus au moment où la catastrophe de Fukushima contraint le groupe de nucléaire à revoir tous ses objectifs financiers de moyen terme. Un nouveau plan sera présenté début décembre par Luc Oursel. Aux cours actuels, Eramet capitalise 2,76 milliards d’euros. Les 25,69% vaudraient ainsi un peu plus de 710 millions d’euros.
Une cession arrangerait également Patrick Buffet, le président d’Eramet. Celui-ci s’est toujours montré farouchement opposé à une plus grande intégration avec Areva. Si l’idée d’un apport à Eramet des actifs miniers d’Areva a été étudiée, notamment en 2009, cette solution paraît impossible car elle aurait pour conséquence de faire monter le groupe de nucléaire au capital d’Eramet et de bousculer l’équilibre très politique de sa répartition.
Areva est lié par un pacte d’actionnaire à la famille Duval qui, via Sorame-Ceir, détient 36,9% du capital d’Eramet. L’accord est sensible. Il organise notamment la gouvernance de la société. Reconductible tous les six mois, de façon tacite, le pacte arrive à échéance le 31 décembre 2011. Mais rien n’empêche Areva de céder sa participation avant cette date. D’une part, Sorame-Ceir dispose d’un droit de préemption («premier refus»). Ensuite, le pacte prévoit que si 80% du bloc est vendu, l’accord devient caduc.
Evoquée l’an dernier, la reprise de la participation par le Fonds stratégique d’investissement (FSI) n’a pas abouti. Cette solution paraît pourtant l’une des seules envisageables. Compte tenu de ses positions en Nouvelle-Calédonie, mais aussi de son potentiel diplomatique, notamment en Afrique et en Asie, Eramet est un actif stratégique pour l’Etat. Si Areva obtient le feu vert pour vendre, le repreneur sera donc en toute vraisemblance un acteur à capitaux publics.
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