Areva invente le financement de projet nucléaire
Un crédit d’un nouveau genre vient de voir le jour, croisement entre la dette corporate classique et le financement de projet. Areva a ainsi emprunté 650 millions d’euros auprès d’un syndicat composé de dix banques afin de financer la Société d’Enrichissement du Tricastin, sa filiale qui détient et exploite l’usine d’enrichissement d’uranium Georges Besse 2. En plus d’une maturité à 10 ans, plus longue que du crédit corporate, le financement est quasiment sans recours sur la société mère, ce qui finit de le distinguer d’un crédit syndiqué classique. Il est seulement adossé aux revenus futurs de l’usine Georges Besse 2, ce qui le rapproche d’un financement de projet. Mais, compte tenu de sa complexité et des risques associés, jamais aucun projet industriel nucléaire n’avait été financé ainsi.
Cette structure nouvelle a donc demandé un travail particulier des banques prêteuses. «A la différence des crédits corporate classiques, les recours financiers sur Areva sont dans ce cas limités et plafonnés. Il a donc fallu étudier l’actif en lui-même, ses contrats et sa capacité à générer suffisamment de cash flows pour rembourser les 650 millions d’euros de dette», explique Eric Pernot, responsable du secteur énergie chez BBVA CIB France, l’une des banques du syndicat. Dans le même temps, «le financement devait s’insérer dans une structure juridique existante, ce qui a nécessité d’adapter la documentation.» La construction de l’usine a démarré en 2006. Sa capacité installée s’élevait à 84% à fin mai et elle doit produire à pleine capacité «assez d’uranium enrichi pour alimenter 70 réacteurs en combustible nucléaire» indique Areva.
Selon le groupe, ce financement couvre entre 15% et 20% du montant total de l’investissement dans l’usine Georges Besse 2, qui s'élève à près de 4 milliards d’euros. Le solde est apporté par les actionnaires minoritaires du projet et par Areva. Mais la mise en place de ce premier crédit syndiqué sur cet actif pourrait ouvrir la voie à d’autres refinancements dans les prochains mois pour la Société d’Enrichissement du Tricastin, voire pour d’autres projets, espère Areva. Le coût de ce crédit n’est pas dévoilé par le groupe mais est, selon celui-ci, plus compétitif qu’un emprunt corporate classique de même maturité.
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