Après une alerte de trop, le recentrage d’Atos ne peut plus attendre
A peine arrivé à la tête d’Atos, Rodolphe Belmer a vécu son baptême du feu lundi. « Je ne m’attendais pas à vous parler ce matin, après seulement quelques jours en tant que directeur général », a-t-il déclaré aux analystes, dans la foulée d’un retentissant avertissement sur les résultats de 2021.
Atos a nettement manqué ses objectifs annuels, pourtant abaissés en juillet. Sur la base de données non auditées, Atos a enregistré en 2021 un recul de ses revenus de 2,4% hors effets de changes, alors que le groupe visait une stabilité de son chiffre d’affaires sur ces mêmes bases et que les analystes anticipaient un repli de 0,1%, selon un consensus cité par Goldman Sachs. La marge opérationnelle s’est pour sa part inscrite autour de 4%, soit deux points de pourcentage de moins que la cible de la société. L’entreprise a aussi accusé un flux de trésorerie libre négatif d’environ 420 millions d’euros. Le groupe tablait jusqu'à présent sur un chiffre positif.
Sans surprise, ce nouvel écart est lourdement sanctionné par le marché: en milieu d’après-midi l’action Atos plonge de 18% à 31,65 euros. « Cet avertissement est massif », souligne Oddo BHF qui estime que la société a accusé un recul organique de ses revenus d’environ 4% l’an passé et proche de 9% sur le seul quatrième trimestre.
L’entreprise a notamment attribué sa contre-performance aux décalages de projets dans le calcul de haute performance, l’analyse de données à grande échelle (Big Data) ou dans les communications. Atos a également dû réévaluer les coûts liés à un important contrat de BPO (externalisation des processus métier), ce qui l’a amené à réviser le taux d’avancement de ce projet. Ce seul élément a eu un impact négatif de 0,7% sur ses revenus.
Un plan dévoilé au deuxième trimestre
Ce nouveau revers témoigne de « l’incapacité [du groupe] à atteindre ses objectifs », pointe Citi. « Au final, cela constitue une mauvaise surprise après la révision à la baisse des perspectives en juillet », abonde un analyste parisien.
« Même si la société indique qu’une grande partie de l’écart » par rapport à ses prévisions de juillet est « liée à des éléments exceptionnels qui seront progressivement récupérés en 2022, il nous semble, à ce stade, que le groupe pourrait à nouveau enregistrer une croissance organique négative en 2022 », prévient Oddo BHF.
Cet avertissement illustre l’ampleur de la tâche qui attend Rodolphe Belmer pour remettre l’entreprise d'équerre. Le dirigeant présentera à la fin février une nouvelle organisation avant de dévoiler au deuxième trimestre un plan détaillant les moteurs du redressement du groupe. L’ex-numéro 1 d’Eutelsat a expliqué que ce projet s’articulerait autour de quatre axes: le recentrage du portefeuille d’activités, l’amélioration de la base de coûts, la simplification de l’organisation et la stimulation de la performance commerciale.
Des analystes circonspects
Les chantiers sont donc nombreux. Au premier chef, Atos doit se délester de ses activités en perte de vitesse. Le groupe a décidé l’an passé de céder ou d’ouvrir à des partenaires des actifs représentant environ 20% de ses revenus pour se focaliser sur ses métiers en croissance. A l’automne, Atos avait indiqué mener des discussions avancées pour son activité de solutions de communications, Unified Communications & Collaboration (UCC). Il avait également reçu, en parallèle, des marques d’intérêt de plusieurs acteurs pour ses centres de données et les activités associées. Depuis, le groupe n’est pas revenu sur ces dossiers. Rodolphe Belmer a simplement indiqué aux analystes lundi que le plan de cession d’UCC se « poursuivait ».
La société doit finaliser au plus vite ces opérations pour espérer retrouver du crédit auprès d’un marché échaudé par de multiples déconvenues. « Si un investisseur doit rentrer sur le dossier Atos aujourd’hui, il le fait dans la perspective de cessions rapides », souligne l’analyste parisien. « Céder ou ouvrir à des partenaires les activités représentant 20% des revenus améliorerait mécaniquement les perspectives de croissance de la société », relève-t-il.
« Il s’agirait d’un bon signal de départ même si d’autres efforts importants, notamment dans l’exécution des contrats, devraient ensuite être effectués », estime un autre intermédiaire financier.
Pour l’heure, les analystes se montrent circonspects. Selon FactSet, moins de 30% d’entre eux recommandent d’acheter le titre qui évolue pourtant à des plus bas de près de 10 ans. Rodolphe Belmer doit rapidement donner corps à un nouvel Atos, recentré, agile et prompt à exécuter ses contrats sans accroc.
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