America Movil bouscule le paysage des télécoms européens
L’attaque éclair lancée par le mexicain Carlos Slim sur les télécoms européens devrait profondément transformer le paysage d’un secteur figé depuis l’éclatement de la bulle des années 2000. En un mois, l’homme le plus riche de la planète, premier actionnaire de l’opérateur sud-américain America Movil, a dépensé 4 milliards d’euros pour prendre pied en Europe.
Son offre publique sur 23% du capital du néerlandais, en plus des 4,8% déjà détenus, lui ouvre les portes des Pays-Bas, de la Belgique mais surtout de l’Allemagne. L’acquisition amicale de 21% de Telekom Austria annoncée vendredi lui permet d’entrer en Autriche, mais aussi en Biélorussie, Bulgarie, Croatie, Lichtenstein, Macédoine, Serbie et Slovénie.
Carlos Slim profite opportunément de la chute des valorisations des opérateurs européens, pénalisés par la crise de la dette souveraine sur le continent. En moyenne, la valeur d’entreprise des groupes européens est inférieure à 5 fois leur excédent brut d’exploitation, un point de moins que le multiple d’America Movil.
Mais le principal objectif de l’homme d’affaires mexicain, qui a construit en seulement 10 ans le plus grand groupe de télécoms en Amérique latine à coups d’acquisitions, est industriel: se déployer sur un nouveau marché afin de diversifier ses sources de revenus et de cash-flows.
Selon le dirigeant d’un opérateur français, sa tactique est bien rodée: «Carlos Slim s’appuie sur les cash-flows de ses principales filiales et sur un réseau de qualité pour casser les prix du marché sur lequel il entre afin de gagner rapidement le plus de clients possible». En dix ans, America Movil, construit à partir du mexicain Telmex, a fait monter son portefeuille à près de 250 millions de clients dans le mobile, 90 millions de plus qu’Orange, et quasiment deux fois plus que Deutsche Telekom.
Avec ces risques de pression supplémentaire sur les prix et de pertes de parts de marché, les opérateurs européens ne pourront pas rester les bras croisés. Stéphane Richard, le PDG de France Télécom, ne croit pas à des fusions transfrontalières.
En revanche, l’arrivée de Carlos Slim devrait provoquer des rapprochements entre opérateurs d’un même pays. Déjà, KPN et Telefonica réfléchissent à unir d’une façon ou d’une autre leurs filiales allemandes, E-Plus et O2 Germany.
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