Solvabilité 2 pourrait provoquer le retrait des assureurs de la titrisation
Selon Standard & Poor’s, ceux-ci commencent déjà à se tourner vers les obligations sécurisées, plus rémunératrices car moins pénalisées
Publié le
Antoine Landrot
Solvabilité 2, toujours en cours de négociation, pourrait faire sentir ses effets bien au-delà du secteur de l’assurance et affecter le marché de la titrisation. Se rapportant à la dernière ébauche technique élaborée par l’Eiopa (le régulateur européen du secteur de l’assurance), Standard & Poor’s estime que le coût en fonds propres imposé par la future réglementation pour les placements dans des titres adossés à des créances devrait fortement détourner les assureurs de cette classe d’actifs, au bénéfice notamment des obligations sécurisées (covered bonds). Un phénomène qui pourrait s’étendre aux fonds de pension, dont le régime prudentiel en cours d’élaboration s’appuie en partie sur Solvabilité 2.
«Le coût en capital pour les titrisations dont la maturité n’excède pas cinq ans est dix fois supérieur aux obligations sécurisées de même qualité de crédit, ce qui implique un rendement inférieur pour les titrisations», indique l’agence de notation. Or depuis 2009, la quasi-totalité des émissions européennes ne dépassaient pas une maturité de cinq ans.
Selon les calculs de S&P, le rendement sur fonds propres d’un RMBS (créance hypothécaire résidentielle titrisée) néerlandais à 5 ans de bonne qualité atteindrait environ 4% sous Solvabilité 2, contre 16% pour une obligation hypothécaire sécurisée norvégienne de même maturité. La grande différence technique réside dans le fait que dans le cas de l’obligation sécurisée, le collatéral (créances apportées en garantie) demeure dans le bilan de l’émetteur, alors que la titrisation a une «vertu» déconsolidante. Des écarts importants s’observeraient également avec d’autres classes d’actifs, comme la dette d’entreprise. S&P rappelle en outre que tous les assureurs ne pourront pas se reposer sur des modèles internes d’évaluation des risques pour réduire les charges en capital.
Sachant que les assureurs constituent plus de 10% des investisseurs sur le marché de la titrisation depuis la crise financière de 2008, leur retrait pourrait sensiblement en réduire la taille. «Cette tendance a déjà commencé», affirme l’agence de notation.
Citant les chiffres de l’Association européenne des marchés financiers, elle souligne que les assureurs ont baissé l’allocation consacrée aux actifs titrisés de 7,1% en 2007 à 6% en 2011, alors que l’allocation en faveur des covered bonds est passée de 4% à 10%. Il faut cependant rappeler que la désaffection pour la titrisation était générale au lendemain de la crise.
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