Pékin cherche à endiguer le risque immobilier
Les chances que Pékin vienne au secours de China Evergrande sont faibles, mais certains signes montrent son inquiétude quant aux conséquences d’une défaillance du promoteur immobilier aux 1.970 milliards de yuans (305 milliards de dollars) de passif.
L’une des priorités du pouvoir central chinois est d’éviter une contagion des difficultés d’Evergrande à l’ensemble du secteur immobilier qui pèse gros dans l’économie chinoise (près de 30%, selon certaines estimations), dans le patrimoine des ménages et dans le système bancaire (41% des actifs des banques sont directement ou indirectement liés à ce secteur et 7.900 milliards de dollars des prêts aux promoteurs et aux ménages, selon les calculs de Citigroup).
Les autorités chinoises ont exhorté les institutions financières à agir pour éviter que la situation n’empire. Lors d’une réunion à laquelle ont participé 24 banques, les régulateurs (bancaire et des marchés financiers), la banque centrale (PBoC) et le ministre du logement ont «demandé aux institutions financières de coopérer avec les autorités compétentes et les gouvernements locaux pour protéger le développement stable et sain du marché immobilier ainsi que les droits légitimes des acquéreurs de logement», a indiqué jeudi la PBoC dans un communiqué.
Soutien des promoteurs
Plus précisément, les banques vont devoir soutenir les promoteurs en évitant de leur couper l’accès aux financements et en facilitant l’accès des ménages aux crédits immobiliers, a expliqué à Bloomberg une personne présente à cette réunion.
Pékin met ainsi en place des digues pour contenir l’effet négatif d’un défaut d’Evergrande qui semble toujours plus proche. Après ne pas avoir payé un premier coupon de 83,5 millions de dollars d’une obligation en dollar, le promoteur n’a pas respecté une nouvelle échéance mercredi portant sur le paiement d’un nouveau coupon de 45,2 millions de dollars.Une période de grâce de 30 jours est attachée à ces deux événements au-delà de laquelle le défaut sera déclaré.
La priorité d’Evergrande, et de Pékin, semble être de traiter en priorité les difficultés du promoteur localement. Ce dernier a ainsi remboursé 10% des montants dus aux particuliers chinois qui ont investis dans ses produits financiers.
Injections de liquidités
Pour éviter une crise, la PBoC a continuellement injecté des liquidités dans le système interbancaire ces deux dernières semaines pour un montant net de 800 milliards de yuans (125 milliards de dollars). Les autorités se veulent d’autant plus prudentes que le pays sera en congé la première semaine d’octobre pour la Golden Week.
Si Evergrande n’est pas pour le moment le Lehman de la Chine, que certains ont craint, il met toutefois en lumière les forts déséquilibres accumulés ces dernières années par la deuxième puissance économique mondiale. «La question d’Evergrande illustre le problème plus important des niveaux d’endettement élevés en Chine, souligne Adam Slater, économiste chez Oxford Economics. Et les mesures prises par les autorités chinoises à court terme et à long terme pour faire face à ce problème de dette pourraient ralentir la croissance chinoise, en particulier dans le secteur crucial de l’immobilier.» Avec des conséquences au-delà de la Chine.
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