Michel Barnier met en veilleuse l’audit conjoint

Selon le texte présenté demain, cette disposition restera optionnelle mais la rotation des cabinets devra alors se faire plus rapidement
Florence Autret, à Bruxelles
Michel Barnier. Photo: Jock Fistick/Bloomberg
Michel Barnier. Photo: Jock Fistick/Bloomberg  - 

Le commissaire européen au Marché intérieur proposera demain aux autres commissaires européens un texte sur l’audit sérieusement amendé par rapport à son premier projet. La principale concession faite aux «Big Four», les quatre cabinets d’audit qui dominent le marché, concerne l’audit conjoint. Obligatoire dans le projet qui avait fuité en septembre, il est devenu optionnel dans celui qui sera selon toute attente adopté cette semaine par la Commission.

Le lobbying des géants de l’audit s’est accéléré au cours des deux dernières semaines au plus haut niveau à la Commission créant un front critique contre des propositions en préparation depuis plus d’un an. Cette levée de boucliers risquait de mettre Michel Barnier dans la même situation que lors de l’examen de son texte sur les agences de notation où il avait été mis en minorité au sein du collège des commissaires et avait dû reculer à la dernière minute sur des propositions clés. Des rumeurs de report sine die de la proposition avaient même circulé. Les sociétés d’audit de rang intermédiaire: Mazars, RSM BDO et Grant Thornton avaient réagi mi-novembre en appelant la Commission européenne à résister à la tentation du statu quo.

Hier après-midi, un accord a finalement été trouvé qui garantit à Michel Barnier le soutien du collège demain. L’audit conjoint resterait optionnel, mais «la rotation des cabinets devra se faire à un rythme plus rapide s’il n’y a pas d’audit conjoint», indique une source proche du dossier. Dans le texte initial la durée d’un mandat était limitée de 2 à 5 ans pour le premier, renouvelable pour une durée totale n’excédant pas 9 ans. Cette durée totale serait à présent ramenée à 6 ans en absence d’audit conjoint.

«Si ce sujet est si débattu, il nous paraît sain qu’on en parle publiquement et démocratiquement, plutôt que de tuer le débat dans l'œuf», explique Patrick de Cambourg, président du groupe Mazars. Les textes (un règlement et une directive) devront être débattus et votés au Conseil et au Parlement, où le co-commissariat pourrait être à nouveau poussé. C’est «une mesure structurante qui augmente la qualité et l’indépendance», insiste Patrick de Cambourg. Et d’ajouter que «le seul pays où deux ou trois cabinets d’audit ont réussi à émerger pour auditer des très grandes sociétés est la France, notamment grâce au co-commissariat».

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