L’utilisation du high yield dans les refinancements de LBO inquiète

Selon l’analyse de l’agence Fitch, l’engouement des marchés pour cette dette, plus chère que la dette bancaire, pourrait se tarir
Antoine Landrot

En début d’année, les agences de notation ont publié des statistiques encourageantes sur la solvabilité des sociétés européennes sous LBO. Mais cet optimisme, relayé par les professionnels du métier, pourrait n’être qu’un répit. L’amélioration du profil des entreprises contrôlées par des fonds tient en partie à l’ouverture du marché obligataire high yield, qui a permis de nombreux refinancements.

Alors que les montages mis en place en 2006 et 2007 (au pic de la bulle financière) arrivent à maturité en 2012-2013, le high yield a permis de réduire les incidents de remboursement en remplaçant une partie de la dette bancaire et en repoussant l’échéance. Selon Fitch, les émissions ont atteint 35 milliards d’euros dans les pays développés en 2010 et pourraient flirter avec les 25 milliards au premier semestre 2011.

Mais cet intérêt pourrait se tarir. «Les titres de type contingent convertible émis par les banques offrent un rendement élevé, qui pourrait concurrencer les émissions high yield des sociétés sous LBO», souligne Ed Eyerman, responsable des financements à effet de levier chez Fitch. «La phase de réinvestissement des CLO [fonds de dette], qui ont utilisé les prépaiements pour acheter de la dette high yield, va s’arrêter à partir de 2013-2014, ce qui provoquera une réduction des montants disponibles», poursuit sa collègue Cécile Durand Ago.

En outre, le high yield reste onéreux. Certains professionnels de la restructuration accueillent donc avec prudence la présence de ce type de dette. «Le coût du financement high yield est supérieur à celui de la dette LBO, a rappelé hier Maurice Lantourne, associé chez Willkie Farr & Gallagher, lors d’une conférence organisée par Les Echos. On comprend que les banques préfèrent alléger leur bilan et encaisser des commissions, mais cela pourrait se traduire par des frais financiers plus élevés dans les prochaines années pour les emprunteurs».

«La question est de savoir ce qui pourra remplacer le high yield. Le processus d’amend-to-extend [fréquent aujourd’hui, il permet d’éviter un refinancement complet] sera plus difficile avec la hausse prévisible des taux d’intérêt», ajoute Ed Eyerman, qui estime que cet instrument ne fait que repousser l’inéluctable pour les années 2014-2015. Le taux de défaut des emprunteurs européens sous LBO notés par Fitch, passé de 7,5% fin 2009 à 4% un an plus tard, devrait repartir à la hausse dans les années qui viennent.

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