L’inversion de la courbe des taux américaine n’est pas le signe d’une récession immédiate
L’inversion de la courbe des taux américaine nourrit les craintes d’une prochaine récession aux Etats-Unis. Le passage en territoire négatif du spread entre le rendement des T-Bills à 3 mois et le rendement des Treasuries à 10 ans, considéré comme le meilleur indicateur sur les perspectives d’activité, depuis le mouvement de fuite vers les actifs de qualité, intervenu vendredi dernier à la suite de la publication d’indices PMI en zone euro décevants, a déjà conduit les marchés à anticiper une baisse des taux de la Feden 2020, à environ 80%. «Compte tenu de l’orientation fournie par les projections du FOMC, il semble que, pour en arriver à une courbe de taux à pente positive, ce qui impliquerait que les marchés anticipent de nouveau plusieurs relèvements de taux, la barre soit haut placée», ajoute BNP Paribas.
Si, au cours du cycle de resserrement de la Fed achevé fin 2018, le mouvement d’aplatissement de la courbe s’effectuait par le bas avec une remontée des taux courts, et une inertie de la partie longue, le mouvement récent ayant conduit à l’inversion est lié à une forte baisse du rendement 10 ans, de 80 pb, à 2,44%, depuis mi-novembre. Le président de la Fed de Chicago, Charles Evans, a certes estimé que ce mouvement est «inquiétant», mais l’explique par le niveau plus faible de la croissance potentielle et des taux réels, tout en ajoutant que des mesures seront prises en cas d’un décrochage de l’inflation qui mettrait en cause la crédibilité de la Fed. «La forme de la courbe de taux est plus un problème de crédibilité et de choix de politique monétaire que d’anticipations économiques», estime Aurel BGC.
Charles Evans a dressé un parallèle avec 2015, lorsque la Fed était prête à relever les tauxavant que des incertitudes l’amènent à patienter jusqu’à fin 2016, alors que le consensus table sur une croissance solide aux Etats-Unisà environ 2% cette année et en 2020. «Lors des cycles précédents depuis 1986, l’inversion de la courbe américaine a débuté en moyenne 23 mois avant le retournement de l’activité, avec une hausse du marché actions de 35%», ajoute Natixis. Certains membres de la Fed expliquent l’inversion par des problèmes de liquidités et par le poids des titres longs dans le bilan de la Fed. Eric Rosengren, de la Fed de Boston, s’est prononcé hier en faveur d’une hausse des T-Bills dans le bilan, qui laisserait la possibilité de rallonger la maturité moyenne des titres de la Fed lors de la prochaine récession.
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