L’inflation salariale pourrait s’affirmer en zone euro
Le syndicat du secteur métallurgie IG Metall a remonté ses revendications de hausses de salaires de 7% à 8% pour la rentrée en Allemagne. Dans ce pays, le salaire minimum a augmenté de 6,5% le 1er juillet avant une prochaine revalorisation de 15% le 1er octobre, conformément aux promesses de la coalition pour le porter de 9 à 12 euros/heure. Mais au-delà du cas particulier de l’Allemagne, certains économistes estiment que l’inflation salariale, autrement appelée la boucle prix-salaires, pourrait s’affirmer en zone euro comme elle l’a fait aux Etats-Unis – avec cependant des marges d’entreprises bien supérieures outre-Atlantique. «Si l’influence du contexte de prix sur les salaires a tardé à se manifester relativement à ce qui a pu être observé dans d’autres économies, il fait peu de doutes que le mouvement est maintenant enclenché. Les revalorisations de salaires et des minimas sont imparables et souvent encouragées par les politiques pour amoindrir le choc social que représente l’envolée des prix. C’est aussi le cas en France. Si l’inflation ne peut encore s’expliquer par les salaires, leur hausse tend néanmoins à l’entretenir», indique l’économiste Véronique Riches-Flores (RF Research).
Fonction inverse des gains de productivité
Et cela pourrait être durable, en lien avec la structure du coût unitaire salarial : «En résumé, ce dernier se mesure comme le salaire par tête moins le gain de productivité, sachant que le coût unitaire salarial évolue plus ou moins en ligne avec l’inflation sous-jacente - ce qu’il faut regarder en priorité dans le contexte actuel», rappelle Yvan Mamalet, économiste senior pour l’Europe chez Société Générale CIB.
Entre fin mars 2021 et fin mars 2022, la rémunération par tête des salariés a augmenté de 4,4% en zone euro, et le coût horaire du travail intégrant les avantages (bonus, primes, etc.) de 3,5% alors que leur progression annuelle moyenne était plutôt de 1,8%-2% sur la décennie 2010-2019. «Une amélioration probablement liée à un effet rattrapage début 2022, après une faible croissance en 2020 et début 2021, mais qui pourrait trouver son rythme de croisière de 3%-3,5% dans les années à venir, poursuit Yvan Mamalet. Notre raisonnement : cela correspondrait à peu près au niveau d’inflation sous-jacente (2%-2,5%) plus le niveau de gain de productivité moyen de 1%.» Sachant que, pendant le covid, plusieurs économistes avaient estimé que les gains de productivité moyens aux Etats-Unis étaient passés de 1,2% sur la décennie 2010-2019 à plus de 5%, et qu’ils pourraient s’établir à 1,9% sur la décennie 2020-2029 – les embauches massives outre-Atlantique pour répondre à la demande post-pandémie ont fait redescendre ces gains annuels en territoire négatif au premier semestre.
Mouvements sociaux en France
L’exemple français, avec un taux d’emploi au plus haut et un taux de chômage au plus bas historiques, tend à créer également les conditions favorables à une inflation salariale durable. «Les mouvements de grève attendus et les revendications salariales induites pourraient permettre une amélioration dans les prochains mois : on voit bien dans les enquêtes de climat des affaires que toutes les composantes liées à l’activité (commandes, production, etc.) se tassent, mais pas sur la composante emploi, qui reste supérieure à ses moyennes de long terme, ce qui devrait se retrouver dans les salaires aussi», ajoute Yvan Mamalet.
Pour l’instant, il semble que les primes et les bonus aient fortement contribué à la hausse des salaires pour retenir les salariés dans un contexte de marché du travail tendu. Mais certains estiment que cela pourrait changer, avec théoriquement des effets sur les marges bénéficiaires des entreprises, ou sur l’inflation si ces dernières arrivent à répercuter ces hausses dans les prix.
Plus d'articles du même thème
-
La France ne peut pas encore miser sur une intervention de la BCE
Les conditions pour que la Banque centrale européenne utilise son outil anti-fragmentation ne semblent pas encore réunies. Lorsque cet instrument a été créé en juillet 2022, le spread entre les taux à 10 ans italien et allemand (BTP-Bund) avoisinait les 250 points de base, un niveau supérieur à l’écart actuel de 150 points de base entre la France et l’Allemagne. -
En finance, la maîtrise de l'IA fait grimper les salaires
Selon le guide des salaires 2027 du cabinet de recrutement Robert Half, 31 % des responsables du recrutement en finance et comptabilité proposent des salaires plus élevés aux candidats ayant des compétences en IA. -
L’Espagne se rendra aux urnes le 29 novembre
Le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a annoncé ce lundi 5 octobre au matin la dissolution des Cortes, le parlement national, et la convocation d’élections générales anticipées.
ETF à la Une
Le marché européen des ETF engrange 127 milliards d’euros au troisième trimestre 2026
- L'ACPR stoppe Wakam dans sa course en l'obligeant à cesser ses souscriptions
- CNP Assurances fait un nouveau pas en dehors du réseau de La Banque Postale
- Les gestions anticipent une résistance modérée des Bourses
- Le prix du pétrole retombe sous 100 dollars le baril
- L’IA ne sait pas lire correctement les résultats du CAC 40
Contenu de nos partenaires
-
Qui est Jay Clayton, le nouveau « tsar » de l’IA aux Etats-Unis ?
Nommé par Donald Trump pour piloter la Super Intelligence Force, le directeur du renseignement national hérite d'un domaine stratégique sans posséder d'expertise technique -
StratégieViolences, risques de récupération… : comment les syndicats veulent contourner les pièges du mouvement des lycéens
Face à la fronde des lycées, les organisations syndicales tentent d'encadrer la mobilisation prévue mardi à Paris, prudentes face au risque d'être accusée de faire de la récupération -
Têtes brûléesBlocage des lycées : la colère sans mode d'emploi
Après deux semaines de blocus lycéens, organisations lycéennes, étudiantes et syndicales manifestent ce mardi 6 octobre. Une tentative de structurer un mouvement jusqu'ici gazeux, souvent violent, et insaisissable pour le gouvernement