L’Europe doit faire valoir ses armes financières

Face à Donald Trump, les faux-fuyants ne sont plus de mise. L’Europe a une force: une épargne abondante qui part s’investir aux Etats-Unis. Il est grand temps qu’elle concrétise son Union des marchés de capitaux pour se désensibiliser du dollar et faire de l’euro un vrai contrepoids.
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Alexandre Garabedian, directeur de la rédaction de L'Agefi  - 

Il faut remercier Donald Trump et son début d’année tonitruant. En dix-neuf jours, l’hôte de la Maison-Blanche a, semble-t-il, fini par convaincre les dirigeants européens que les atermoiements et les faux-fuyants ne pesaient pas lourd face à sa stratégie d’intimidation permanente. Il était illusoire de s’accrocher au sursis commercial péniblement arraché l’été dernier par Ursula von der Leyen. Il serait tout aussi vain d’espérer que la Cour suprême américaine ou le résultat des élections de mi-mandat en novembre – autant dire dans un siècle – mettent un terme à la tentation monarchique du président des Etats-Unis et à la crise de l’alliance transatlantique.

Le discours du vice-président J.D. Vance à Munich, en février dernier, avait soldé trois décennies de dividendes de la paix. Le raid au Venezuela, la menace d’annexion du Groenland et les droits de douane annoncés le 17 janvier à l’encontre de certains pays membres de l’Otan achèvent de nous dessiller. L’Union européenne doit réduire sa dépendance stratégique à l’égard de Washington et faire valoir ses armes. Cela vaut aussi en matière financière.

Malgré ses faiblesses évidentes, l’UE est riche de son épargne excédentaire. L’Amérique, fragilisée par ses déficits jumeaux. Ce ne sont pas les menaces de représailles commerciales qui ont fait temporiser Donald Trump en avril quelques jours après le Liberation Day, mais la brusque tension des taux longs américains et le regain de défiance vis-à-vis des actifs en dollar. Que la Fed perde son indépendance, et le billet vert vacillera davantage encore sur son piédestal ; pendant que le rôle de prêteur en dernier ressort de la banque centrale deviendra, entre les mains du politique, un nouvel instrument de chantage.

Si le 47ème président des Etats-Unis préfère saper la crédibilité internationale de sa devise, il ne tient qu’à la zone euro de renforcer la sienne et d’en faire un vrai contrepoids dans les échanges et les réserves. Cela suppose de concrétiser l’Union de l’épargne et de l’investissement et développer un marché des eurobonds. Encourager la réallocation massive des portefeuilles de ce côté-ci de l’Atlantique peut aussi passer, à plus court terme, par des mesures d’ordre réglementaire: par exemple, en faisant porter des exigences en capital même minimes sur la détention d’emprunts d’Etat américains au bilan des banques et des assureurs européens. Dans ce domaine, la menace serait aussi efficace que l’action.

Bien sûr, ni le statut de valeur refuge ni le « Sell America » ne se décrètent. Le monde reste gorgé de Treasuries. Le dollar s’est stabilisé depuis six mois après une forte correction. L’épargne des Européens se déverse vers les actifs risqués aux Etats-Unis, car la croissance de l’économie et les perspectives de rendement y sont supérieures, ou du moins l’étaient jusqu’à ce que le millésime 2025 inverse en notre faveur la hiérarchie des performances boursières. Mais il est temps pour l’UE, créancière de l’administration et des entreprises américaines, d’actionner le levier de la souveraineté financière. Plutôt qu’un énième groupe de travail et rapport d’experts, tel que celui remis ce lundi aux ministres des Finances de l’Eurogroupe, cela exige de sa part un changement radical de gouvernance, à la hauteur de l’urgence.

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