Hervé Sitruk, président fondateur du France Payments Forum, poursuit la réflexion exposée dans «L’Euro numérique, arme de guerre ou assurance de la souveraineté européenne ?» et pose les conditions d’une réussite de l’euro numérique, au premier rang desquelles figure la construction d’un consensus.
Pour l’instant, l’euro numérique, ce n’est qu’un projet… dont le lancement est prévu pour 2029. Et pour cela il faut une dernière fois bien en préciser l’objectif, et mettre en place les conditions de son succès, ce qui n’est pas acquis, ni simple.
Même si l’objectif de l’euro numérique a beaucoup évolué depuis son origine, et que les questions sans réponse claire restent nombreuses, il vise désormais un objectif majeur, la souveraineté monétaire et, en complément seulement, l’autonomie stratégique ouverte des paiements.
Parmi les grandes questions qui se posent malgré tout, trois dominent. Tout d’abord, en quoi une monnaie numérique de détail, qui mettra longtemps à s’imposer, comme le montre l’exemple chinois, pourrait-elle être une réelle arme de souveraineté ?
Deuxième interrogation, l’euro numérique permettra-t-il de réduire la dépendance aux solutions internationales de paiement, ou au développement des stablecoins libellés en dollars ?
Enfin, l’euro numérique permettra-t-il de réduire la fragmentation du marché européen entre les diverses solutions de paiements domestiques ? Ou d’accroitre les paiements non domestiques au sein de la zone euro, voire sur toute l’Europe ? Ou de faire émerger des solutions de paiement paneuropéennes compétitives ?
Ainsi l’apport de l’euro numérique à ces deux objectifs - souveraineté monétaire et autonomie stratégique ouverte des paiements - n’est pas garanti, ni immédiat. C’est un premier grand pari…
L’autre grand pari, c’est le succès du projet
Pour réussir, surtout dans les paiements, trois ingrédients sont indispensables. En premier lieu, il s’agit de répondre à un vrai besoin alors même que l’arrivée d’une telle solution sur le marché constituera une concurrence avec bien d’autres qui préexistent. Contrairement à ce qui s’est passé lors de l’introduction de l’euro, qui a remplacé les monnaies nationales, il ne s’agit pas ici d’un remplacement. Pour l’euro numérique, il n’y a rien à remplacer, il s’agit de combattre une menace virtuelle, non encore actée, celle des autres grandes monnaies mondiales, sans trop mettre à mal les autres instruments et initiatives privées du marché ;
Un autre ingrédient est la nécessité de disposer d’atouts techniques et économiques, voire sécuritaires et pas seulement réglementaires, même si le cours légal de l’euro numérique pourrait le doper pour son acceptation sur le marché, voire en faire une « killer application » pour les solutions européennes préexistantes ;
Enfin, il s’agit de disposer d’atouts marketing, et chasser les craintes, notamment en matière de confidentialité et d’instrumentalisation de l’euro numérique par les Etats, à l’heure de la Finance décentralisée…
Les grands défis de l’euro numérique sont assez simples à énoncer, mais constituent une triple bataille qui sera à mener avant son lancement.
D’abord, une bataille politique est à mener. Elle visera à obtenir du Parlement européen un soutien suffisant, avant d’affronter la compétition du marché… Même si le Parlement européen a déjà évoqué le sujet de l’euro numérique, il n’a pas encore exprimé de position, et il reste très divisé. Et il est probable que certains sujets seront âprement débattus, jusqu’au dernier trilogue.
Ensuite, une bataille technique et économique du projet, pour en faire un projet réaliste, pas trop coûteux, innovant, et assurant une solution simple et résiliente, sera nécessaire. Cette solution doit être ouverte aux acteurs économiques européens et leur assurant une place respectable, s’opposant aux solutions internationales tout en n’entrant en confrontation frontale avec les meilleures solutions européennes. Ce qui reste un défi de taille.
Enfin, une bataille du consensus, pour expliquer la différence entre monnaie centrale et scripturale, toutes les deux numériques et exprimées en euros, et justifier la décision des pouvoirs publics européens, aux divers acteurs économiques, banquiers, commerçants, et surtout aux consommateurs… Sur ce sujet, il est clair que sans consensus en Europe, il sera très difficile de faire réussir ce projet, face aux solutions internationales. Et obtenir un tel consensus passe par une implication plus forte des acteurs du marché dans la définition de la solution, donc des concessions de la BCE et des pouvoirs publics, qui ne sont pas là pour le moment.
Avant la grande bataille, urgente et incontournable, autour des stablecoins, qui reste la plus grande question à laquelle l’Europe monétaire sera confrontée dès 2026. D’autant qu’elle apporterait une double réponse : d’abord, pour répondre aux besoins du règlement des transactions sur actifs numériques, en complément d’un euro tokenisé wholesale, et pour bénéficier des gains de productivité que pourrait apporter l’atomisation des transactions sur les marchés financiers, donc, la fin du Delivery versus Payment.Et par là même asseoir la place de l’euro au plan européen et international.
Bref, la bataille institutionnelle n’est qu’un des défis auxquels l’euro numérique sera confronté, et c’est le grand enjeu de l’année 2026 ; et France Payments Forum va se mobiliser pour clarifier les questions en suspens et tenter de faire avancer le consensus autour du projet, si cela est possible, en recherchant les portes à ouvrir pour motiver les acteurs économiques avant la grande bataille internationale qui s’annonce de long terme.
Il faut espérer que la négociation qui s’annonce en 2026 avec le Parlement européen puisse permettre de faire que ce projet apparaisse moins comme une arme défensive, et plus comme une forme d’assurance, pour laisser plus de marge aux acteurs privés du marché, et ouvrir la voie au consensus. Et pour le doterd’un narratif clair, une belle histoire à raconter… comme ce fut le cas avec le passage à l’euro.
Mais cela reste un premier défi au résultat incertain, qui sera ensuite suivi par les autres défis, et cela en parallèle de la bataille sur les transactions dites de gros montants, domestiques ou internationales.
La banque centrale norvégienne a, comme attendu, laissé son taux directeur inchangé à 4,25%, tout en se montrant plus accommodante, avec le retrait de la mention d’une hausse supplémentaire, compte tenu d’une inflation plus faible. Elle reste toutefois vigilante, avec désormais les données économiques comme guide.
L’inflation a faibli en juillet pour le deuxième mois consécutif à 3,4%. La composante sous-jacente diminue également à 2,5%. Des chiffres bien accueillis par les marchés qui renforcent l’idée d’un maintien des taux par la Fed en septembre.
La probabilité d’une hausse de taux comme d’un statu quo en septembre est de 50%, alors que le rebond du pétrole a relancé les craintes d’une inflation persistante malgré un marché du travail au ralenti aux Etats-Unis. Les investisseurs scruteront l’inflation de juillet, publiée ce mercredi.
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DECRYPTAGE. Le Conseil constitutionnel a décidé de censurer la loi d'interdiction des réseaux sociaux aux adolescents de moins de quinze ans, estimant qu'elle portait une atteinte disproportionnée à la liberté d'expression