L’espoir d’une réforme fiscale
Un jour peut-être, l’Union européenne remerciera Joe Biden de l’avoir mise sur le chemin de l’harmonisation fiscale, grand tabou du Vieux Continent. Les propositions de réforme de l’impôt sur les sociétés que le président américain vient de dévoiler signalent un tournant historique sur la scène internationale. Washington met sur la table une taxation des multinationales fondée sur la réalité de leur activité pays par pays, et un taux d’imposition global minimal de 21 %, conjugués à un relèvement de 7 points de l’impôt aux Etats-Unis. Moins complexe que le projet porté par l’OCDE, ce plan peut servir de socle à un accord international qui permettrait enfin d’adapter le système fiscal international à la réalité de l’économie numérique, et d’arrêter une « course vers le bas » délétère pour les finances publiques.
Depuis plus de quarante ans, tous les pays développés se sont engagés dans une baisse de l’impôt sur les sociétés. Les vrais bénéficiaires de cette concurrence acharnée ont été de petits paradis fiscaux, sur lesquels il est vain de vouloir s’aligner, et des multinationales capables de se payer les services des meilleurs avocats. Ces dernières, Gafa en tête, apparaissent aussi comme les grands vainqueurs d’une économie de rente où le numéro un rafle la mise.
Ce système pouvait tenir un temps. La crise du Covid rend son maintien difficilement supportable. Les Etats croulent sous la dette. Les inégalités de revenus et de patrimoine se creusent. Les populismes ont beau jeu d’attiser la défiance des opinions publiques envers les entreprises qui ne paient pas leur juste part de l’effort national dans chaque pays.
Dans ce contexte, les propositions américaines restent frappées au coin du bon sens et du pragmatisme. L’ancien sénateur du Delaware, paradis fiscal made in USA, n’est pas devenu à 78 ans une pasionaria de l’impôt. Il fait toujours grand cas de la compétitivité de Corporate America. La trajectoire qu’il dessine ramènerait ses entreprises à mi-chemin des ères Obama et Trump. Si les Etats-Unis, à la suite du Royaume-Uni, cessent aujourd’hui de s’aligner sur le moins-disant fiscal, c’est pour établir une nouvelle norme de l’impôt nominal sur les sociétés dans les grandes économies occidentales, que l’on peut estimer aux alentours de 25 %, un niveau raisonnable. La France, qui se situe bien au-delà, ne doit donc pas se méprendre sur le sens de cette réforme. Celle-ci ne peut sonner comme un appel à durcir la pression fiscale dans un pays toujours prompt à fantasmer sur l’existence de cagnottes secrètes.
Au bout du compte, le New Deal de Joe Biden, une fois passé au tamis du Congrès américain et de l’OCDE, ne résoudra pas à lui seul l’ensemble des problèmes du monde. Mais il offre à ses partenaires une occasion immanquable de rétablir un peu de justice fiscale, à un moment où tous les pays sont confrontés aux mêmes défis. Qu’ils restent l’arme au pied, et des solutions plus radicales émergeront ici ou là.
Plus d'articles du même thème
-
Les finances publiques sont au bord de l’étouffement
La Cour des comptes lance un ultimatum au gouvernement : ou des mesures rectifiant la trajectoire de la dette publique sont prises maintenant, ou la France va étouffer sous le poids des intérêts à payer, qui pèsent pour la moitié du déficit budgétaire. -
Déclaration de TVA : quand l’IA déclare, qui assume l’erreur ?
La machine peut traiter le volume, accélérer les rapprochements, sécuriser certains contrôles de cohérence. Mais la qualification fiscale reste un acte juridique. Et cet acte engage toujours l'entreprise. -
Le Conseil constitutionnel valide l’essentiel de la loi contre les fraudes fiscales et sociales
Le gouvernement espère récupérer 1,5 milliard d’euros de l’ensemble des mesures, qui concernent également la lutte contre la fraude sociale.
ETF à la Une
Schroders vise une dizaine d’ETF actifs d’ici la fin de l’année
- Le Crédit Agricole lancera une offre de trading crypto avant la fin de l'année
- CMA CGM se renforce dans la logistique du dernier kilomètre
- Kering se retrouve sous pression en Bourse avec la montée des doutes d'analystes
- La guerre en Iran relance l’intérêt des obligations indexées sur l’inflation
- La finance italienne pourrait perdre l'un de ses principaux investisseurs
Contenu de nos partenaires
-
Hommage public à Ali Khamenei : des milliers d’Iraniens rassemblés à Téhéran
Quatre mois après sa mort dans des frappes israélo-américaines, la dépouille d’Ali Khamenei est exposée à Téhéran à partir de ce samedi 4 juillet. Les autorités iraniennes entendent faire de ces funérailles, organisées sur six jours, une démonstration de force, alors que le régime islamique poursuit ses négociations avec Washington -
Présidentielle 2027 : Christine Lagarde envisage de quitter la BCE pour jouer un rôle dans l’élection
Dans un entretien paru le 3 juillet, la présidente de la Banque centrale européenne dit vouloir faire entendre une « voix européenne » dans le débat autour de la prochaine présidentielle française. Sans envisager de candidature à ce stade, Christine Lagarde n’exclut pas de quitter ses fonctions avant la fin de son mandat, prévue en octobre 2027 -
Face à la Chine, l’UE se dit prête à mobiliser tous ses outils de défense commerciale
La Commission européenne maintient le dialogue avec Pékin, mais prévient qu’elle est prête à réagir si les négociations sur les tensions commerciales n’aboutissent pas