Les rachats d’actions battent tous les records
Les rachats d’actions se sont formidablement remis de la crise du Covid-19. Après le creux de 2020, année pendant laquelle les grandes entreprises cotées avaient mis de l’argent de côté, dont, pour certaines d’entre elles, comme les banques et les assureurs, à la demande expresse des régulateurs, les buybacks ont été libérés en 2021. Selon S&P Dow Jones, les groupes qui composent le S&P 500, le principal indice de la Bourse américaine, n’ont jamais autant dépensé d’argent pour racheter leurs propres actions : le montant devrait atteindre près de 850 milliards de dollars cette année, soit plus que le record de 806 milliards touché en 2018.
Rien qu’au troisième trimestre 2021, le S&P 500 a dépensé 235 milliards de dollars en rachats d’actions, 18% de plus qu’au deuxième trimestre 2021 et 34% de plus qu’au troisième trimestre 2019 quand le mot Covid-19 était encore inconnu.
Montagne de cash
Cette flambée s’explique en partie par la hausse des cours de Bourse : pour un nombre de titres rachetés équivalent d’une année sur l’autre, le coût du plan est proportionnel à la progression du cours de l’action. Or, sachant qu’une partie des programmes de rachats d’actions sert à compenser l’effet de dilution créé par la création des nouvelles actions liées aux plans de stock-options, les entreprises doivent dépenser plus chaque année.
Mais cet effet mécanique n’explique pas à lui seul ces excédents de rachats d’actions. «La plupart des entreprises ont des positions de trésorerie importantes en ce moment, suffisamment pour faire presque tout», indique Howard Silverblatt, analyste chez S&P Dow Jones Indices. Fin septembre, les entreprises américaines étaient assises sur 3.780 milliards de dollars en cash et équivalents, 1.600 milliards de plus qu’en 2019.
Cette montagne de liquidités s’explique notamment par le cash généré par les entreprises technologiques, grandes gagnantes de la crise du Covid, et qui ne savent plus comment le mettre à profit. Un tiers des programmes de rachats d’actions du S&P 500 viennent de groupes du secteur de la technologie, Apple en tête avec 20,5 milliards à lui seul sur le trimestre. En cinq ans, ce secteur a consacré plus de 1.000 milliards de dollars en rachats d’actions, calcule S&P Dow Jones.
25 milliards pour le SBF 120
Les grands groupes américains se sont également bien remis de la récession provoquée par le grand confinement du printemps 2020. Le bénéfice par action moyen du S&P 500 est 27% plus élevé en 2021 qu’il ne l’était fin 2018. Ils profitent aussi indirectement des largesses des banques centrales, taux zéro et rachats d’actifs massifs.
Pays des rachats d’actions plus que du dividende, notamment pour des raisons fiscales, les Etats-Unis ne sont pas les seuls à constater cette flambée. Même en France, le record de rachats d’actions du SBF 120 devrait tomber cette année. Selon les derniers calculs de Natixis, en prenant en compte les 9 milliards d’euros payés par L’Oréal à Nestlé pour lui racheter 4% de son propre capital, ce sont 25 milliards d’euros qui auront été dépensés en 2021. Un peu plus de la moitié des entreprises du SBF 120 (67 précisément) utilisent un programme de rachats d’actions, contre 53 en 2020 et 60 en 2019.
Projet de taxe
L’ampleur des sommes et les questions qu’elles soulèvent sur l’utilité de ces programmes, parfois réalisés au détriment des investissements et des augmentations salariales, suscite de nouvelles critiques, y compris aux Etats-Unis, où même Donald Trump avait exprimé son opposition à la fin de sa présidence. Mi-décembre, l’autorité américaine des marchés financiers (Securities and Exchange Commission, SEC) a proposé de renforcer la transparence sur les programmes de rachats d’actions (montants, critères utilisés…) afin d’avoir une meilleure idée de leur rationnel.
Le plan de relance Build back better du président américain Joe Biden prévoit d’introduire une taxe de 1% sur les rachats d’actions. Un niveau jugé trop faible par plusieurs observateurs pour réellement décourager les entreprises à lever le pied. Surtout, la mise en oeuvre du plan est aujourd’hui fortement compromise en raison de l’opposition du sénateur Joe Manchin.
Les rachats d’actions ont encore probablement de beaux jours devant eux.
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