Les rachats d’actions gagnent l’Europe
Devenus monnaie courante aux Etats-Unis, les rachats d’actions se diffusent en Europe. Selon une étude menée en avril dernier par Exane BNP Paribas et BNP Paribas auprès de 145 entreprises européennes, 46% des émetteurs disposent d’un programme de rachats d’actions actif et 9,5% envisagent d’en mettre un en place à court terme dans le cadre de leur réflexion interne pour optimiser le retour de valeur à leurs actionnaires. 44,5% n’en ont pas et ne comptent pas s’en doter.
En trois ans, selon les données de Bernstein, les groupes européens ont quasiment quadruplé leurs rachats d’actions. Mais avec un peu moins de 250 milliards de dollars consacrés à cette pratique en 2018, les groupes européens restent timides par rapport à leurs comparables américains. L’an dernier, les entreprises du S&P 500 ont consacré un montant record de 1.000 milliards de dollars en rachats d’actions, encouragés par les effets positifs sur leurs finances de la baisse de l’impôt sur les sociétés, et ce malgré des cours de Bourse à leurs plus hauts. « Les rachats d’actions sont cycliques par nature. Ils ne dépendent pas de l’évolution du cours de Bourse mais de la situation financière des émetteurs. En 2009, après le choc de crédit provoqué par Lehman Brothers, il n’y a eu aucun rachats d’actions sur le CAC 40 alors que les actions étaient au plus bas », explique Emmanuel Sasson, responsable corporate broking chez Exane BNP Paribas.
A en croire la bonne santé financière des groupes européens, illustrée par un ratio de ratio de levier (dette nette sur Ebitda) de 2,88 fois pour l’indice Stoxx 600, le plus faible de ces dix dernières années, les rachats d’actions sont appelés à gonfler en Europe. D’autant que les investisseurs en demandent. 48% des entreprises sondées par BNP Paribas et sa filiale de courtage indiquent être plus fréquemment interrogées à ce sujet par leurs actionnaires, intéressés notamment par le traitement fiscal plus avantageux des rachats d’actions par rapport aux dividendes. «Les investisseurs dits long only, comme les fonds de pension ou souverains, privilégient le rendement offert par le dividende. Les hedge funds, qui recherchent de la plus-value, préfèrent les rachats d’actions qui ont tendance à soutenir la performance boursière», précise Emmanuel Sasson, même si l’effet positif des rachats d’actions sur les cours de Bourse reste sujet à débat.
Outre cet aspect fiscal et leur capacité à compenser les effets dilutifs des programmes de stock-options ou d’actions gratuites versés aux dirigeants, les rachats d’actions présentent l’avantage d’être «beaucoup plus souples qu’un dividende», poursuit Emmanuel Sasson. «Ils peuvent être mis en sommeil, puis relancés, augmentés ou réduits, au gré de l’évolution des cash-flows de l’émetteur. Une fois qu’un certain niveau de dividendes est fixé, il est difficile de le baisser », ajoute-t-il. Dans un contexte de taux bas, s’endetter pour racheter des actions est également financièrement intéressant pour un émetteur. 49,6% des émetteurs interrogés ont indiqué que leurs investisseurs souhaitaient en même temps un dividende et des rachats d’actions.
Le développement des rachats d’actions n’est pas sans effet sur le mode d’intervention retenu par les émetteurs. Si les contrats dits best effort, réalisés par le courtier dans les meilleures conditions possibles en échange d’une commission payée par l’émetteur, restent dominants au Royaume-Uni du fait de l’existence des corporate brokers, « les structures de rachats d’actions à VWAP (volume-weighted average price, prix moyen pondéré par les volumes, NDLR) décoté se développent car les émetteurs sont de plus en plus soucieux d’optimiser leur prix d’exécution all-in, commissions comprises », explique Emmanuel Sasson. Une évolution favorable aux émetteurs. Ils peuvent mettre en concurrence plusieurs courtiers via un appel d’offres afin de confier le contrat au mieux disant.
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