Les places boursières toujours dans le vert forment un club très restreint
Dans un océan de performances négatives sur les marchés actions mondiaux cette année, quelques places boursières sont dans le vert depuis janvier. Mais elles sont rares. Sept peuvent se targuer d’une telle performance, trois dans les pays développés et quatre dans les émergents. En Europe, les Bourses de Madrid (+0,5%), de Londres (+2,2%) et de Lisbonne (+12,1%) affichent des gains quand l’indice Euro Stoxx 50 chute de 12,5% depuis le début de l’année. Sur les marchés émergents, les actions turques (+38,4%), saoudiennes (+13,2%), indonésiennes (+8,6%) et brésiliennes (+6,4%) surperforment nettement l’indice MSCI émergent dont le repli atteint 13,3% depuis janvier.
Généralement, la surperformance des indices s’explique par la composition sectorielle des indices (et donc de l’économie locale). Cette année, les places boursières où les valeurs de matières premières et d’énergie dominent dans les indices affichent logiquement des performances largement positives, contrairement aux indices plus diversifiés ou dont les valeurs sont plus tournées vers la consommation, qui souffrent du contexte de forte inflation et du risque de récession.
Forte pondération de l’énergie
Les marchés actions du Moyen-Orient sont portés par les prix élevés du pétrole et du gaz. L’indice Tadawul de la Bourse saoudienne, la plus importante de la région, avance de 13,2% depuis le début de l’année. Le pétrole pèse 25% de l’indice. «L’économie saoudienne est portée par le pétrole et le gaz, souligne Bruno Vanier, président de Gemway Assets. Les devises de ces pays sont en outre attachées au dollar, ce qui leur est favorable. Tandis que les institutions financières profitent de la hausse des taux.» Les banques représentent plus de la moitié de l’indice.
La Bourse du Brésil coche également toutes les cases sectorielles. L’indice Bovespa progresse de 6,4% depuis le début de l’année malgré une situation économique et financières difficile, dans une année électorale. «Il y a dans cette hausse une part de rattrapage après une année 2021 particulièrement mauvaise (-11,9%), souligne Bruno Vanier. Mais l’indice profite aussi de la part importante des minières (25%) et de l’énergie (20%) avec deux titres dominants Vale et Petrobras. Les financières, qui pèsent 25%, sont portées par la hausse des taux.» La banque centrale a relevé son principal taux directeur de 2% à 12,75% depuis janvier 2021, ce qui est positif pour les marges d’intérêts des banques, leurs revenus et leurs bénéfices. «Les banques brésiliennes sont en outre bien gérées, affirme le gérant de Gemway Assets. Nous ne voyons donc pas d’explosion des créances douteuses.»
Mais la conjoncture est loin d’être au beau fixe avec une forte inflation et une économie pas totalement remise de la pandémie de Covid. La bonne tenue du real, qui affiche l’une des meilleures performances parmi les devises émergentes, témoigne de la confiance des investisseurs sur ce marché. Toutefois, les actions brésiliennes ont réduit ces dernières semaines leurs gains alors que la perspective de l’élection présidentielle et des législatives début octobre et le resserrement monétaire commencent à peser. Dans une enquête de Reuters auprès des investisseurs, ces derniers ont revu en baisse leur anticipation de progression pour ce marché cette année à 6%. «Le résultat de l’élection ne devrait pas avoir d’impact car le marché sait à quoi s’en tenir avec les deux principaux candidats (Jair Bolsonaro et Luiz Inacio Lula da Silva) dont il n’attend pas grand-chose», affirme Bruno Vanier.
Une couverture face à l’inflation
En Europe, les marchés les mieux orientés bénéficient également de leur composition sectorielle. Minières et valeurs exportatrices pour l’indice FTSE 100 à Londres et énergie, tourisme et banques pour l’Ibex 35 à Madrid (porté également par la performance de Telefonica, sa plus grosse pondération) ou le PSI 20 à Lisbonne (+12,1% depuis janvier). «La bonne tenue de l’Ibex est principalement due à un mix sectoriel favorable, explique Emmanuel Cau, stratégiste actions chez Barclays. Les pétrolières (Repsol), les bancaires (Sabadell et Caixa) et les télécoms (Telefonica), qui font partie des plus importants poids de l’indice, sont parmi les meilleures performances cette année en Europe.»
La meilleure performance sur les marchés actions cette année n’est toutefois pas liée à la composition sectorielle du marché mais à la volonté des investisseurs locaux de couvrir leurs portefeuilles face à la flambée de l’inflation. L’indice BIST 100 de la Bourse d’Istanbul a bondi de 38,4% depuis janvier (en monnaie locale) à un plus haut historique. En parallèle l’inflation s’est envolée à 70% en rythme annualisé. Les achats des investisseurs locaux compensent la fuite des non-résidents dont la part dans les actions turques atteint un point bas à 35%, après avoir vendu 2,2 milliards de dollars de ces titres. Et ce malgré une valorisation de seulement 4,5 fois les bénéfices anticipés à un an, soit une décote de 60% par rapport à l’indice émergent.
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