Les «pigeons» ou le mal français

Philippe Mudry

L’affaire des «pigeons» illustre la perversion du mode de décision économique en France entre des partenaires qui devraient dialoguer mais en fait s’ignorent. La manière dont Bercy a décidé d’aligner sans nuances la fiscalité du capital sur celle du travail en matière de plus-values de cession est typique. Pétris d’une culture du service public qui les pousse à se couper des «groupes de pression», les serviteurs de l’Etat ne sont que trop tentés de céder au syndrome de la tour d’ivoire. Le résultat est que Pierre Moscovici est contraint de se déjuger en ouvrant un dialogue dont le bon sens réclamait qu’il l’organisât avant les arbitrages et non après ! La sphère politique a aussi sa part de responsabilité. L’énorme sur-représentation des fonctionnaires dans la sociologie des élus aggrave la méconnaissance traditionnelle des entreprises, quand ce n’est pas une méfiance atavique. Et que dire du monde patronal, fragmenté à l’infini comme son alter ego syndical, pris de court par le feu de brousse pourtant allumé par les plus prometteurs de ses membres ? La coupure entre l’univers des start-up et des caciques patronaux est éclatante. La vacuité de la stratégie du Medef s’illustre dans son incapacité à débusquer le scandale puis à le révéler à la société. Ses tentatives de «reprendre en main» le mouvement ne changeront rien à cette réalité qu’il n’a rien pressenti ni impulsé. Quand ses instances tireront-elles enfin les conséquences de cet échec ?

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