Les marchés négligent le risque politique catalan
L’hypothèse d’une sécession de la Catalogne, qui ne ferait l’affaire de personne, laisse toujours les marchés de marbre. Les indépendantistes comptent organiser ce dimanche 1er octobre un référendum d’autodétermination jugé illégal par la Cour constitutionnelle espagnole. Ces derniers jours, Madrid a utilisé les grands moyens – financiers et policiers – pour empêcher la tenue du scrutin, au risque d’exacerber le sentiment séparatiste dans la population. Malgré cela, le taux à 10 ans espagnol (1,61% hier) est inférieur à son niveau d’il y a deux mois. Le spread avec l’Allemagne s’est écarté de 20 points de base depuis fin juillet, à peine plus que le spread italien (+13 pb).
Les marchés semblent donc tabler sur une répétition du scrutin de 2014, lorsque le «oui» à l’indépendance, avec un faible taux de participation, était resté sans suite. Mais l’escalade est cette année plus inquiétante.
Un problème de long terme
Avec ou sans vote, le gouvernement catalan peut être tenté de proclamer l’indépendance, ce qui déclencherait un nouveau cycle de sanctions et de protestations populaires. Le Premier ministre Mariano Rajoy, qui a préféré rester en Espagne plutôt que d’assister au sommet européen informel de Tallinn, commence de son côté à payer le prix de la crise. La présentation du budget 2018 en conseil des ministres, prévue ce vendredi, a été reportée : le Parti national basque (PNV), rouage essentiel de la majorité parlementaire, critique Madrid pour sa gestion du dossier catalan. Les séparatistes sont également divisés.
«Les deux camps sont si opposés que les tensions ne sont pas près de s’éteindre, et le problème va demeurer à long terme. Cela pourrait entraîner un choc lié à ces incertitudes persistantes, avec des effets négatifs pour l’investissement des entreprises comme pour les investissements directs étrangers», note Yvan Mamalet, économiste chez SG CIB. Hier, en présentant des prévisions de croissance de 3,1% cette année et 2,5% en 2018, la Banque d’Espagne a fait allusion à ce risque. La Catalogne pèse 19% du PIB espagnol.
Pour Marco Protopapa, chez JPMorgan, «des élections anticipées en Catalogne semblent inévitables et permettraient de gagner du temps». Madrid et Barcelone pourraient alors renouer le dialogue autour d’une réforme du statut d’autonomie. Une équation complexe : «donner plus d’autonomie budgétaire à la Catalogne mettrait clairement plus de pression sur le gouvernement central», prévient Yvan Mamalet.
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