Le « Catalexit », une bonne affaire pour personne
Un an après le Brexit, c’est au tour de la Catalogne de chercher une sortie. La tension est montée d’un cran entre Madrid et Barcelone après que les autorités catalanes ont fixé au 1er octobre le référendum d’autodétermination, auquel s’oppose le gouvernement espagnol. La cour constitutionnelle a confirmé l’illégalité du processus. En cas de vote favorable (pas de participation minimum prévue), il ne faudra que 48 heures à la Catalogne pour se séparer de l’Espagne.
Malgré cette perspective, la dette espagnole a peu fluctué ces dernières semaines, le spread avec le Bund allemand s’élargissant de seulement 16 points de base (pb). Pourtant une telle séparation ne serait pas sans conséquences. « L’indépendance de la Catalogne aurait un impact négatif sur la note de crédit de l’Espagne vu la taille de la région », soulignent les analystes de Moody’s, pour qui une sécession affaiblirait l’économie ibérique. La Catalogne est l’une des régions les plus riches. Elle pèse 20 % du PIB et contribue à hauteur de 30 % des exportations espagnoles. Argument phare des indépendantistes, la contribution nette aux finances publiques espagnoles est positive.
Mais l’Espagne ne serait pas la seule victime. Comme pour la Grande-Bretagne dans le Brexit, la Catalogne pourrait rapidement se trouver dans une situation délicate. « L’incertitude risque d’affecter la demande intérieure », affirme Geoffrey Minne, économiste chez ING. L’économie catalane dépend essentiellement de l’Espagne et de l’Union européenne (UE). Or l’indépendance signifierait une sortie immédiate de l’UE, comme l’a récemment rappelé Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne. Et pour y entrer, la Catalogne devrait faire une demande d’adhésion. La procédure serait longue et soumise à l’approbation de l’ensemble des membres, dont l’Espagne.
Transferts
Une sortie de l’UE serait un lourd handicap pour la Catalogne dont 65 % des exportations sont à destination de la région et 23 % vers l’Espagne. En outre, plus des deux tiers des investissements directs proviennent de l’UE. Des entreprises catalanes envisagent déjà de transférer leur siège social hors de Catalogne, comme Banco Sabadell. Concernant les finances publiques, l’indépendance permettrait certes à la région de récupérer 4 % à 6 % de PIB en termes de budget en raison de l’arrêt des transferts à Madrid, selon Geoffrey Minne, mais elle perdrait l’accès aux fonds structurels européens (2,4 milliards d’euros de 2014 à 2020) et surtout au financement accordé par Madrid. « Depuis 2012, la Catalogne a reçu 68,5 milliards d’euros de soutien du gouvernement central au travers de divers mécanismes, notamment le Fondo de Liquidez Autonomico (FLA), qui constitue 70 % du stock de dette de la région », indique Moody’s. Dette qui représenterait 120 % du PIB en cas de scission. Un recours au marché obligataire (actuellement 7,6 % du stock de dette) serait nécessaire mais onéreux vu l’envolée des taux d’intérêt. Enfin, la Catalogne devrait créer une nouvelle monnaie avec le risque d’une importante dévaluation et d’une hausse de l’inflation ou garder l’euro, mais sans être membre de la zone euro et donc dépendre de la politique monétaire de la Banque centrale européenne.
Si, pour l’heure, les tensions sur les marchés financiers sont restées limitées, c’est aussi parce que peu d’observateurs (analystes, agences de notation…) y croient. Le pouvoir central a les moyens d’éviter un vote. « Madrid peut recourir à la cour constitutionnelle, geler les crédits publics à Barcelone, invoquer l’article 155 de la constitution qui lui permet de prendre le contrôle d’une communauté autonome, boycotter le scrutin dans les municipalités non indépendantistes, engager des recours contre les officiels catalans, et en dernier ressort envoyer l’armée ou la police pour maintenir les bureaux fermés », affirment les économistes d’UniCredit. Dans les derniers sondages, une majorité de Catalans se disent favorables à un maintien dans l’Espagne. Le repoussoir du Brexit mais aussi la nette reprise de la croissance n’y sont pas étrangers.
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