Les groupes émergents ont encore les moyens de mener des acquisitions
L’Agefi : Les rachats de groupes européens par des acquéreurs issus de pays émergents ont pesé 45 milliards d’euros en 2008. Pourquoi un tel attrait ?
Tarique Shakir-Khalil : Outre la volonté de certains acteurs de sécuriser leurs ressources, beaucoup y voient un moyen de se renforcer sur leur marché domestique. C’est le cas en Chine où les groupes un peu à la traîne de leur secteur ont besoin d’une nouvelle impulsion, par exemple technologique, pour rester en course dans leur pays. Ils peuvent trouver cette inspiration en Europe.
La diversification géographique n’est donc pas leur priorité immédiate ?
Pour des groupes ayant évolué sur des marchés émergents à très forte croissance, comme la Chine, se diversifier sur des marchés occidentaux à faible croissance a très peu d’intérêt et suppose une grosse prise de risque. Des groupes indiens commencent bien à se diversifier géographiquement. Mais pour eux, il s’agit surtout de prendre un ticket pour être présent à l’avenir.
57% des opérations en valeur sont conclues outre-Manche. Comment l’expliquer ?
La culture et la langue jouent sur ce plan un rôle important, en particulier avec les acquéreurs du Moyen-Orient et d’Inde. Beaucoup de fonds des pays émergents ont dès le départ choisi de s’installer à Londres. Ce qui leur donne une plus grande proximité avec les groupes britanniques. Et à leurs yeux, la perception d’attractivité joue plus en faveur du Royaume-Uni que de la France.
Quels sont les freins à ce type d’opération?
En marge des mesures protectionnistes sur certains secteurs, je mettrais surtout en avant les questions culturelles et l’incompréhension entre occidentaux et émergents. Les asiatiques apprécient qu’on leur parle d’ANR alors qu’en présentant une société, les occidentaux insistent sur les résultats. Les pays émergents ont aussi du mal avec nos processus d’enchères car leurs décisions sont très concertées. Ce qui rallonge leur temps de réaction et les empêche parfois de conclure des opérations.
Les émergents resteront-ils actifs en 2009 ?
Ils ressentent aussi les effets de la crise. Mais ils ont l’avantage d’y être entrés avec des bilans plus solides affichant moins de levier. Beaucoup de groupes émergents disposent en outre du soutien de leur Etat. Ils ont encore les moyens de mener des opérations mais pourraient temporiser jusqu’au second semestre.
Plus d'articles du même thème
-
Salzgitter devient l’actionnaire unique du sidérurgiste HKM
Le groupe allemand, qui reprend les parts de ThyssenKrupp et de Vallourec dans leur coentreprise, prévoit de supprimer 2.000 emplois dans cette société. -
L’Autorité de la concurrence a autorisé un nombre de concentrations record en 2025
Le gendarme français de la concurrence devrait peu sanctionner cette année, après avoir prononcé pour 379 millions d’euros d’amendes l’an dernier. -
Les taux longs américains échappent à Donald Trump
Les décisions politiques augmentent les risques sur l’inflation et les taux courts. La croissance de l’IA et la défiance générale, synonyme de prime de terme, se retrouvent dans les anticipations sur les taux longs. Résultat, l’administration Trump paraît loin de pouvoir tenir ses promesses sur le niveau des taux.
ETF à la Une
Les ETF d’actions américaines signent un retour en force au deuxième trimestre
- La nouvelle hausse du Livret A coûtera plus de 800 millions d’euros aux banques
- Le Crédit Agricole a injecté au total plus d’un milliard d’euros dans BforBank
- La Corée, un tigre asiatique qui commence à vieillir
- BNP Paribas et Caceis veulent sortir du métier des services aux émetteurs
- Christine Lagarde pourrait quitter la BCE plus tôt que prévu à cause de la présidentielle française
Contenu de nos partenaires
-
Casse-têtePartenaires sociaux : un réservoir d'idées encore inexploité sur le financement du modèle social
Pourtant experts sur la question, syndicats et patronat peinent à se retrouver pour caler un vrai débat sur le financement du modèle social avant l’élection présidentielle -
DilemmesPrésidentielle : qui osera réformer le modèle social ?
Le modèle social français est une bombe à retardement. Qui sera prêt à la désamorcer ? Les candidats pour 2027 se font encore timides sur les grandes décisions à prendre sur la dépense et la nature du financement -
Volkswagen, toujours en crise, réfléchit à un nouveau plan d'économies
Les salariés s'opposent à la piste, évoquée dans la presse outre-Rhin, de la fermeture de quatre sites en Allemagne