Les Emirats arabes unis affaiblissent l’Opep en claquant la porte du cartel
Soucieux de produire sans contrainte, les Emirats arabes unis quitteront l’Opep et l’Opep+ le 1er mai. Le cartel des pays exportateurs de pétrole perd un membre éminent et voit s’affaiblir sa capacité à piloter les prix de l’or noir.
Vue d'Abou Dhabi, capitale fédérale des Emirats arabes unis
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Coup de tonnerre à l’Opep. Les Emirats arabes unis (EAU) ont annoncé mardi leur départ de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole, deux mois jour pour jour après les premiers bombardements israéliens et américains sur l’Iran. En plein blocus du détroit d’Ormuz, qui a fait flamber les prix de l’or noir, cette défection effective le 1er mai prochain traduit les tensions persistantes entre les 12 pays membres de l’Opep, exacerbées par le conflit en cours.
« Il s’agit d’une décision stratégique, qui a été prise après un examen minutieux des politiques actuelles et futures relatives au niveau de production », expliquait mardi à Reuters le ministre émirati de l’Energie, Suhail Mohamed al-Mazrouei. Il a précisé que les EAU n’avaient pas consulté directement d’autres pays, notamment l’Arabie saoudite, leader de fait du cartel fondé en 1960, avant de prendre cette décision. Les Emirats quitteront aussi l’Opep+, qui comprend dix autres pays producteurs.
Le retrait des Emirats arabes unis, qui avaient rejoint l’organisation basée à Vienne en 1967, traduit d’abord une divergence stratégique avec le puissant voisin saoudien. Ils souhaitaient augmenter leur production de pétrole, avec un objectif fixé à 5 millions de barils par jour pour 2027 avant le déclenchement de la guerre, alors que Riyad poussait à la réduction des quotas de production pour stabiliser les prix. Le déclenchement du conflit au Moyen-Orient, qui a fait bondir les cours et a réduit les capacités exportatrices de la zone en raison du blocus d’Ormuz, change la donne.
Capacité de réserve significative
Le conflit a entraîné des ripostes iraniennes sur le territoire d’Abou Dhabi et Dubaï, et a aussi accru l’amertume des Emiratis. «Les pays du Conseil de coopération du Golfe se sont soutenus mutuellement sur le plan logistique, mais sur les plans politique et militaire, je pense que leur position a été la plus faible de toute leur histoire», a déclaré lundi lors d’un forum Anwar Gargash, le conseiller diplomatique du président des Emirats arabes unis. Ces derniers se sont alignés sur les positions des Etats-Unis et d’Israël face à Téhéran.
En perdant un membre aussi éminent que les EAU, l’Opep voit s’affaiblir sa capacité à tenir le marché. « Avec l’Arabie saoudite, c’est l’un des rares membres à disposer d’une capacité de réserve significative - le mécanisme par lequel le groupe exerce son influence sur le marché », pointe Jorge Leon, analyste chez Rystad. « A court et moyen terme, le marché devrait être en mesure d’absorber les barils supplémentaires provenant des Emirats arabes unis, compte tenu de l’épuisement des stocks mondiaux et de la nécessité de reconstituer les réserves, considère Ole Hansen, analyste chez Saxo Bank. A plus long terme, cependant, ce retrait soulève une question stratégique plus large : si d’autres producteurs commencent à privilégier les parts de marché au détriment du respect des quotas, la capacité de l’Opep à gérer les marchés de manière ordonnée grâce à des ajustements coordonnés de l’offre pourrait être de plus en plus remise en question. »
Ce ne sera pas pour déplaire à Donald Trump. Par le passé, le président américain Donald Trump a accusé l’Opep de «voler le reste du monde» en gonflant les prix du pétrole.
La dette des pays émergents, en dollar ou en monnaie locale, a rebondi après la volatilité consécutive au conflit au Moyen-Orient mais avec de la dispersion. Le marché se focalise désormais davantage sur la politique monétaire américaine.
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