Les actions font consensus pour 2021
Dire de l’année 2020 qu’elle a été hors norme sur les marchés actions est un euphémisme. La crise du coronavirus, qui a obligé l’ensemble des économies à se mettre quasi à l’arrêt en début d’année, a plongé les places boursières dans l’une des plus graves et plus rapides crises de l’histoire. Après avoir chuté de plus de 30%, la plupart ont rebondi grâce aux soutiens monétaires et budgétaires massifs. Mais le rebond s’est fait avec une forte discrimination. Résultat, Wall Street termine l’année à de nouveaux records, l’indice S&P 500, aidé par le poids des valeurs internet, s’octroie plus de 14%. En Chine, l’indice CSI 300 progresse de 22%. Touchée la première par le Covid-19, la Chine est aussi la première à en sortir et sera la seule grande économie à être en croissance cette année. L’Europe reste en retard et sous ses niveaux de début d’année (-6% pour l’indice Euro Stoxx 50) même si elle a rebondi par rapport à ses plus bas de fin mars malgré une récession historique. Les régulateurs n’ont cessé d’alerter sur le décalage entre la hausse des marchés actions et le contexte économique.
Une hausse qui devrait se poursuivre en 2021, les actions étant soutenues par la reprise économique. La distribution du vaccin contre le Covid-19 pourrait permettre d’atteindre une immunité collective d’ici au deuxième semestre et d’anticiper une normalisation de l’économie. «Les perspectives économiques se sont éclaircies avec l’arrivée des vaccins. Désormais nous voyons la lumière au bout du tunnel», notent les stratégistes de SG CIB qui ont fortement relevé la part des actions dans leur portefeuille d’allocation modèle (+13 points à 62%). Et même si les gouvernements sont contraints de prendre de nouvelles mesures de confinement dans l’attente que cette immunité permette de reprendre une vie normale, avec des conséquences sur l’activité au premier trimestre, les investisseurs voient désormais au-delà de cet horizon. «Les mesures restrictives qui provoquent des ‘stop and go’ de l’économie vont moins peser sur les marchés car les investisseurs regardent au-delà», souligne Emmanuel Cau, stratégiste chez Barclays.
PER élevés
La hausse des bénéfices sera clé en 2021, alors que les valorisations des actions sont jugées tendues, en raison notamment de la chute des profits en 2020. Les gérants de Nikko AM anticipent une réévaluation des anticipations de bénéfices l’an prochain par les analystes, qui restent encore prudentes, après la publication des résultats du dernier trimestre 2020 et des perspectives des entreprises pour 2021. A 22 pour 2021 aux Etats-Unis et 16 en Europe, ces PER peuvent paraître élevés sauf si les bénéfices rebondissent de 45% en Europe et 20% aux Etats-Unis, comme anticipé. «Quand la croissance des bénéfices accélère, les investisseurs sont prêts à payer des PER supérieurs à la moyenne», indique Emmanuel Cau.
L’autre facteur de soutien des actions sera l’appui des politiques budgétaires et monétaires qui resteront ultra-accommodantes pendant encore un certain temps (et ce même si l’inflation se redresse un peu). L’une des conséquences de ces politiques est le niveau historiquement bas des taux, ce qui offre aux actions un avantage en relatif. Elles proposent un rendement supérieur. Au total, plus de 18.000 milliards de dollars d’obligations traitent désormais avec un rendement négatif et plus des trois quarts sous 1%. Une partie importante des avoirs des investisseurs est placée dans des actifs monétaires dont le redéploiement pourrait soutenir les actions. «On peut imaginer qu’avec des taux aussi bas, les valorisations d’équilibre soient plus élevées, du fait de la recherche de rendement, mais aussi de l’effet mécanique des taux sur les calculs actuariels. Dans ce cas, les actions auraient encore de beaux jours devant elles», note Stéphane Déo, stratégiste chez Ostrum. La reprise des dividendes et des rachats d’actions sera un facteur supplémentaire de soutien.
Quid de la rotation ?
Si le pari sur les actions en 2021 est assez consensuel, il n’en va pas de même pour les marchés et les secteurs/styles à privilégier. Avec au centre du débat, la prolongation ou pas de la rotation vers les valeurs cycliques et décotées (value). «C’est l’une des grandes interrogations des investisseurs», note Emmanuel Cau avec comme fil conducteur la reflation et la repentification des courbes de taux. «L’espoir d’une reprise généralisée va soutenir la rotation en dehors des grandes valeurs technologiques américaines», selon les stratégistes de SG CIB qui estiment ces dernières chèrement valorisées et qui pourraient être affectées par la fin de la pandémie. Ils privilégient les actions moyennes sur le marché américain mais voient plus de valeur sur les marchés japonais (sous-évalués, sous-détenus et bénéficiant du soutien des achats de la Banque du Japon) et émergents (l’Asie, dont la croissance va accélérer en 2021, représente 80% des actions émergentes) ainsi que dans les actions européennes qui font l’objet d’un trop grand pessimisme du marché. Les stratégistes de Deutsche Bank sont plus sceptiques à l’égard des actions européennes dont la décote avec les Etats-Unis devrait rester car la reprise est plus lente de ce côté-ci de l’Atlantique, ce qui signifie que la reprise des bénéfices est aussi décalée pour les entreprises européennes tandis que le risque politique reste un handicap important, malgré le soutien de la BCE, de même que la composition sectorielle.
C’est cette composition sectorielle, plus cyclique et value en Europe, plus croissance aux Etats-Unis, dans les émergents (Asie) et dans une moindre mesure au Japon, qui marque la frontière entre les investisseurs privilégiant les marchés américains et européens. Didier Saint-Georges, membre du comité d’investissement stratégique de Carmignac, penche pour les Etats-Unis et la poursuite de la surperformance des valeurs de croissance. La rotation vers les cycliques va se poursuivre mais restera limitée dans un monde de faible croissance et inflation qui continuera de bénéficier aux valeurs de croissance.
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