Wall Street vit un nouveau krach
Nouvelle journée noire sur les marchés financiers malgré l’annonce dimanche d’une nouvelle baisse des taux par la Fed, les portant à 0%, et d’une action coordonnée par les grandes banques centrales, dont la BCE, sur la liquidité en dollar. «Les marchés actions montrent une certaine déception face à des réponses budgétaires qui ne sont pas parfaitement en phase avec les réponses monétaires», affirme Hervé Goulletquer, stratégiste à La Banque Postale AM. Si, en Europe, les places boursières terminent au-dessus de leurs plus-bas en séance (chute de plus de 10% à la mi-journée) mais en net recul (l’indice Euro Stoxx 50 perd 5,9% et l’indice CAC 40 abandonne 5,75%), Wall Street a connu sa pire séance depuis 1987.
Nouveaux sommets de volatilité
Après l’activation des coupe-circuits, la Bourse américaine a accentué ses pertes et termine au plus bas de la séance : l’indice S&P 500 chute de 12% et le Dow Jones de 12,9%. Le bear market (baisse de plus de 20% depuis le pic) s’accentue. Wall Street rejoint l’Europe dans le krach.
De ce côté-ci de l’Atlantique, alors que les mesures de confinement se multiplient, rendant plus concret le risque de récession, la chute des indices par rapport à fin février atteint plus de 35%. La volatilité a atteint de nouveaux sommets, l’indice VStoxx a bondi à 95% en séance et termine à 85,6% (plus haut de 88% en 2008) tandis que l’indice VIX s’envole à 82,8%.
Un risque sytémique financier
A Wall Street, le secteur de l’énergie a de nouveau été pénalisé par la chute des prix du pétrole (le baril de Brent a chuté de 12% à 27,70 dollars) tandis que les financières ont été affectées par les craintes d’une crise de liquidité. «Avec la Fed qui sabre ses taux et relance son ‘quantitative easing’, notre liste de vœux des réponses de politique monétaire au niveau mondial a désormais été exaucée, juge George Saravelos, stratégiste changes chez Deutsche Bank. Mais nous attendons toujours la plus importante : la réponse budgétaire.» Les annonces faites jusqu’à présent sont jugées insuffisantes face au risque pour la croissance mondiale, et non coordonnées.
Et la réponse ne doit pas uniquement porter sur la stabilité économique mais aussi sur un risque systémique financier. «Les gouvernements doivent immédiatement gérer le risque d’un assèchement de la liquidité mondiale», poursuit le stratégiste pour qui à la différence de la crise bancaire de 2007-2008, ce risque vient de l’économie réelle et des entreprises, ce qui appelle une réponse directe et pas forcément au travers du système bancaire. Un helicopter money nécessaire mais qui va provoquer une hausse des déficits budgétaires et des dettes.
Les taux grimpent en Europe
L’évolution en tandem des marchés actions et des marchés de taux, en Europe, inquiète d’ailleurs les opérateurs. Les taux américains ont certes nettement reculé, s’ajustant aux craintes d’une récession aux Etats-Unis (taux 10 ans à 0,74% -21 pb). Mais, en Europe, ils grimpaient, le Bund à 10 ans allemand progressant à -0,48% et l’OAT à 0,19%.
Les investisseurs commencent à intégrer la perspective d’une hausse des déficits budgétaires, nécessaire à la lutte contre l’épidémie du coronavirus et au soutien de l’activité, et donc de la dette. «Les marchés obligataires comprennent, au travers des taux souverains qui remontent, que les Etats vont émettre beaucoup de dette pour régler cette crise sanitaire et économique, et qu’il n’y aura pas toujours assez d’acheteurs privés en face - d’où les initiatives comme celle de la Fed», affirme Hervé Goulletquer.
Plus d'articles du même thème
-
La hausse des taux efface la performance positive des dettes émergentes
La fin du troisième trimestre a été clairement négative pour les dettes émergentes qui ont été rattrapées par l’envolée des taux mondiaux. Elles conservent néanmoins leur avance en relatif par rapport aux marchés avancés, les éléments favorables qui ont porté la classe d’actifs restant intacts. -
De plus en plus d’entreprises françaises se financent moins cher que l’Etat
Près de 40% du stock d’obligations investment grade émises par les corporate tricolores affichent des rendements inférieurs à ceux des OAT sur les maturités moyennes et longues. Un changement majeur depuis la flambée du spread OAT-Bund. Mais le phénomène n’est pas nouveau en Europe. -
Aberdeen réduit presque de moitié sa participation dans Standard Life
La société de gestion écossaise conservera 5,2% du capital de l'assureur.
ETF à la Une
Le marché européen des ETF engrange 127 milliards d’euros au troisième trimestre 2026
- Les gestions anticipent une résistance modérée des Bourses
- L’IA ne sait pas lire correctement les résultats du CAC 40
- Schneider Electric rachète l'américain PTC pour 20 milliards d'euros
- Schneider Electric indispose les investisseurs en ciblant l’américain PTC
- Air Liquide veut rallumer sa flamme boursière avec 4 milliards d'euros de rachat d'actions
Contenu de nos partenaires
-
Comme une lettre à la posteComment la Malaisie valide la stratégie de normalisation de la junte birmane
La visite officielle de deux jours du président birman à Kuala Lumpur est un nouveau succès diplomatique -
« Le résultat n'est pas bon » : le projet de char franco-allemand MGCS au point mort
En commission Défense, Fabien Mandon, chef d'état-major des armées a annoncé que les Allemands avaient « décidé de quitter le projet ». Quelques heures plus tard, un communiqué est venu relativiser ces déclarations. -
Erreur 404« Un test de résilience démocratique » : la primaire sociale-démocrate visée par une cyberattaque, l’accès au scrutin perturbé
Depuis ce vendredi matin, les quelque 140 000 électeurs inscrits à la primaire sociale-démocrate peinent à accéder à la plateforme de vote, cible d’une cyberattaque dont l’origine demeure inconnue. Le prestataire chargé du scrutin numérique assure que l’intégrité des suffrages enregistrés est préservée et que la sincérité du vote n’est pas compromise