Le régime de croissance post-Covid fait débat
La Banque de France a publié lundi matin ses projections macroéconomiques anticipant une contraction de 9% du PIB en 2020, suivie d’un rebond de 5% en 2021 et encore +5% en 2022, avant une «normalisation» autour de +2% en 2023. Si l’institution dirigée par le gouverneur François Villeroy de Galhau insiste sur le nouveau choc négatif lié au deuxième confinement, elle joue peut-être aussi, comme la Banque centrale européenne (BCE) jeudi, son rôle consistant à soutenir la relance par une communication positive, plus optimiste que beaucoup d’analystes et même que le ministère de l’Economie pour 2020.
Encore des incertitudes
Début 2021, l’activité économique serait pénalisée par une consommation encore contrainte, avec une levée progressive des mesures sanitaires et, dans son scénario central, l’hypothèse est que l’épidémie ne cesserait pas immédiatement et que le déploiement des vaccins ne serait pleinement effectif que vers fin 2021, note la Banque de France, pour qui l’incertitude autour de ce scénario reste forte. Elle publie également un scénario «sévère» (-1% de PIB en 2021), dans lequel le virus circulerait encore avec un haut niveau de virulence l’an prochain et un scénario «favorable» (+7%) dans lequel la situation sanitaire s’améliorerait nettement dès le début 2021.
L’année 2022 constitue la principale différence avec les économistes qui tablent plutôt sur +2% après +6% en 2021. L’institution fait le pari d’une très forte reprise de la consommation des ménages (+8,1% après +4,1% en 2021) liée à la «désépargne» de ceux qui n’ont pu dépenser en 2020. «Le surplus d’épargne ayant concerné les 20% ou 30% les plus riches, cela nous paraît un peu exagéré, même s’ils consomment plus de services», remarque Philippe Waechter, économiste d’Ostrum AM. «La Banque de France raconte une histoire un peu nouvelle, d’une reprise qui s’étale un peu plus. Dans ce cas, le rebond de 2022 n’est pas incohérent, même s’il prend sans doute en compte une dynamique de rattrapage un peu psychologique, liée au besoin ‘humain’ de retrouver différents services (restauration, sorties, voyages, etc.) qui auront été bloqués pendant longtemps», interprète Hélène Baudchon, économiste chez BNP Paribas, qui table sur +6,3% de PIB en 2021 et aussi +3,8% en 2022.
Le scénario central est également en ligne avec les chiffres de la BCE sur la zone euro : -7,3% en 2020, +3,9% en 2021, +4,2% en 2022, +2,1% en 2023. «Empiriquement, la macroéconomie nous enseigne que la croissance potentielle est plus faible après une récession. Il faudrait un effet fort et durable de la politique économique en 2022 pour que le taux de croissance soit plus élevé», note Philippe Waechter, avant d’ajouter que «les plans de relance post-2008 avaient été plus globaux et coordonnés - et soutenus par des politiques monétaires relativement plus fortes à partir de taux plus élevés. En outre, certains pays comme l’Allemagne avaient été tirés par des échanges avec la Chine ce qui n’est plus le cas en 2020, et malgré cela, le taux de croissance des pays développés en 2013-2019 (+1,9% en zone euro, +1,5% en France) n’est jamais revenu à sa moyenne de 2000-2007 (+2% et +1,9%)».
Cet automne, d’autres institutions publiques ont publié des prévisions assez optimistes pour la suite, en tablant sur les plans de relance, notamment ceux censés accélérer la croissance écologique et digitale, et leurs effets sur l’investissement. «Il faudra peut-être aussi prendre en compte les changements de comportements et de consommation», nuance Hélène Baudchon.
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