L’équation budgétaire de la France se dégrade à vue d’œil
C’est officiel : l’hypothèse d’une croissance de 4% en 2022 en France, qui avait servi à élaborer le budget 2022 et la prévision d’un déficit de 5%, est définitivement enterrée. L’Insee a planté hier le «dernier clou dans le cercueil», selon la formule de Denis Ferrand, directeur général de Rexecode, en révisant à la baisse ses chiffres de croissance. Le produit intérieur brut (PIB) du premier trimestre, au lieu de stagner, selon la première estimation de l’institut, s’est finalement contracté de 0,2%. Sa progression en 2021 a également été rabotée, de 7% à 6,8%.
L’acquis de croissance pour le reste de l’année 2022, qui mesure ce que serait la croissance en cas de stagnation de l’activité à ses niveaux de fin mars, a donc été nettement revu en baisse. Il ne s’élève plus qu’à 1,9% à la fin du premier trimestre, contre 2,4% lors des estimations précédentes. Or, guerre en Ukraine et inflation obligent, les prochaines publications du PIB ne s’annoncent guère enthousiasmantes. La consommation des ménages, qui a retranché 1,5 point de croissance au premier trimestre, s’est encore contractée pour les biens en avril (-0,4%), a indiqué l’Insee mardi. «Si la consommation des services est probablement beaucoup plus dynamique, il est probable que la consommation des ménages contribuera à nouveau négativement à la croissance du deuxième trimestre, compte tenu du contexte d’inflation et de la baisse de la confiance», note Charlotte de Montpellier, économiste chez ING.
Collectif budgétaire
Pour la banque, le PIB français devrait encore se contracter au deuxième trimestre, ce qui signifie que le pays est déjà en récession. La reprise du tourisme cet été devrait ensuite permettre un léger rebond. «Nous tablons désormais sur une croissance de 2,1% pour l’ensemble de l’année, contre 2,7% précédemment», poursuit l’économiste d’ING.
On est loin de la prévision officielle, faite avant la guerre en Ukraine. Mais aussi des projections de la Commission européenne, qui tablait encore, le 16 mai, sur une croissance de 3,1% en France pour 2022, supérieure à la moyenne en zone euro. Alors que l’inflation ne cesse de grimper, à 5,8% en mai en données harmonisées (IPCH), et que le gouvernement prépare pour le 29 juin un projet de loi destiné à préserver le pouvoir d’achat des ménages, l’équation budgétaire se complique de jour en jour.
Plus d'articles du même thème
-
En France, un budget 2027 à haute incertitude
Avec la rentrée revient la présentation du budget qui, cette année encore, risque d’être un exercice compliqué alors que le gouvernement n’a toujours pas de majorité à l’Assemblée nationale et que la campagne présidentielle a déjà commencé. Réaliste, l'exécutif ajuste sa prévision macroéconomique pour 2026 à 0,5% de croissance et à 1% pour 2027. -
L’Insee instaure la vigilance orange sur la croissance
L’organisme de statistiques alerte sur la croissance française qui devrait être bien moindre que prévu et surtout, loin derrière celle des pays voisins. La France cumule de mauvais points et n’a plus les moyens de stimuler sa croissance par la dépense publique. -
La production industrielle française a diminué de 0,4% en juillet
Elle avait déjà reculé de 0,1% en juin. Sur un an, la production industrielle a néanmoins progressé de 0,8% entre mai et juillet dernier.
ETF à la Une
Les ETF européens approchent des 4.000 milliards de dollars d’encours
- Le potentiel de progression des marchés actions se réduit à peau de chagrin
- Combien coûterait aux banques une hausse du plafond du Livret A
- Le Crédit Mutuel Arkéa pousse les feux avec Fortuneo
- Les investisseurs actions et crédit se protègent contre le risque politique français
- La Banque Delubac, toujours en pertes, cherche du capital
Contenu de nos partenaires
-
La Fabrique de l'Opinion« Tant que le Conseil de sécurité de l'ONU comptera des pays autoritaires en son sein, une réforme paraît inatteignable »
Franck Petiteville est professeur à l’Institut d’études politiques de Grenoble. Il a écrit plusieurs livres sur les organisations internationales et le multilatéralisme, ses principaux sujets de recherche. L’ONU dans un monde en crise (CNRS éditions), paru le 10 septembre, est son dernier ouvrage -
SérieMoi, Christian de Perthuis, président : « Ce quinquennat sera celui de la sortie du backlash climatique »
A la demande de l'Opinion, l'économiste du climat s'est glissé dans les habits du locataire de l'Elysée. Il propose deux deux instruments pour sortir du backlash climatique -
Yémen : les houthistes s'emparent de tout le littoral de la mer Rouge
Les rebelles houthistes ont gagné un accès au stratégique détroit de Bab El-Mandeb, en s’emparant de ses dernières îles. « La navigation est sûre pour toutes les compagnies, à l’exception des navires saoudiens, qui ont déjà été interdits d’accès », a indiqué un porte-parole militaire du mouvement