L’économie américaine commence à inquiéter
Le mot est lâché. Les Etats-Unis tomberaient en récession l’année prochaine à cause des actions tardives et agressives de la Fed pour lutter contre l’inflation élevée, indiquent dans leurs nouvelles prévisions les économistes de Deutsche Bank. David Folkerts-Landau et Peter Hooper voient la banque centrale augmenter ses taux de 50 points de base (pb) à chacune des trois prochaines réunions, de 0,50% à 1,50% (haut de la fourchette) d’ici à l’été pour tendre vers 3,50% l’an prochain.
«Notre projection sur une récession aux Etats-Unis l’année prochaine est actuellement loin du consensus ; mais plus pour longtemps», estiment David Folkerts-Landau et Peter Hooper, en s’appuyant sur l’histoire des hausses de taux et des inversions de pente 2-10 ans. Deutsche Bank prévoit aussi que la banque centrale réduira son bilan de 2.000 milliards de dollars d’ici fin 2023, soit l’équivalent de trois hausses de 25 pb en plus. «L’économie américaine devrait être durement touchée par ce resserrement supplémentaire de la Fed d’ici à la fin de l’année prochaine et au début de 2024», poursuivent-ils.
C’est la première banque à afficher aussi ouvertement son pessimisme. L’économiste de Goldman Sachs Jan Hatzius a estimé lundi qu’un ralentissement économique est «loin d’être inévitable», en partie parce que les consommateurs et les entreprises sont «pleins de cash». D’autres banques appuient leur optimisme sur l’épargne accumulée pendant la pandémie.
Pas de «soft landing» ?
Mercredi, les minutes du dernier Comité de politique monétaire (FOMC) ont confirmé que les gouverneurs sont tombés d’accord pour réduire le bilan de la Fed de 95 milliards de dollars par mois, qu’ils étaient «nombreux» à demander une hausse de taux de 50 pb dès mars, et «plusieurs» à souhaiter que les plafonds mensuels de non réinvestissements des actifs puissent être déplafonnés avec la possibilité de ventes directes sur les marchés. «J’ai du mal à voir la cohérence entre une telle approche agressive et les prévisions de croissance de la Fed portées à +2,8% pour 2022 mais toujours à +2,2% en 2023 malgré une inflation qui augmenterait encore, analyse Thomas Costerg, économiste US chez Pictet WM. Elle semble continuer à regarder derrière, avec le marché du travail qui est un indicateur retardé, plutôt que devant, avec une année qui ne donnera plus lieu à aucun stimulus budgétaire, ce qui avait été le principal moteur de l’inflation en 2021.»
A l’image du président de la Fed Jerome Powell devant le Congrès le 2 mars, les banquiers centraux sembleraient presque renoncer à l’idée d’un «atterrissage en douceur». «La demande excédentaire sera encore de 1% à 1,5% cette année or, selon les modèles économétriques, une hausse de 100 pb des taux à 2 ans implique -0,9% de croissance 6 trimestres plus tard, et une hausse de 100 pb des taux à 30 ans implique -0,6% de croissance 4 trimestres plus tard, sans compter les effets de hausse du coût du crédit», poursuit Thomas Costerg, sachant que les US Treasuries ont gagné 200 pb en six mois pour le 2 ans et 100 pb en trois mois pour le 30 ans - les prêts hypothécaires à 30 ans sont passés de 3% à près de 5% depuis janvier.
L’économiste rappelle que, aux Etats-Unis, les récessions commencent souvent par des problèmes sur le marché immobilier, qu’il faut donc surveiller de près, avant que ne baissent le sentiment de confiance et l’investissement des entreprises, puis l’emploi, «ce qui pourrait arriver plus vite que la Fed ne le pense, même si la lecture autour du taux de participation et du retour sur le marché du travail post-Covid est difficile». Une récente étude de Larry Summers et Alex Domash pour l’université de Harvard indique qu’un taux de chômage inférieur à 4% avec une inflation proche de 8% suggèrent une probabilité très importante de récession au cours des 12 à 24 mois.
En dehors de hausses de salaires qui semblent se tasser depuis deux mois, «l’inflation actuelle, avec une hausse des coûts de l’énergie qui ne bénéficie pas d’un coussin de taxes et n’agit pas sur le choc d’offre lié au pétrole russe ou aux approvisionnements chinois, implique des baisses de salaires réels et de pouvoir d’achat, sans les mêmes amortisseurs sociaux qu’en Europe. Cela explique la chute de l’indice de confiance des consommateurs de l’université du Michigan à un plus bas depuis 2011 (59,4). Comme l’inversion prolongée de la courbe des taux, c’est souvent un indicateur de récession, rappelle Wilfrid Galand, directeur de la Stratégie chez Montpensier Finance. Cela va s’ajouter au renchérissement du coût de l’immobilier et à la baisse - nouvelle - de la confiance des entreprises qui réduisent leurs intentions d’embauches (indices ISM et NFIB)», conclut-il, craignant lui aussi le risque d’une erreur de politique monétaire en parallèle de la restriction budgétaire.
Plus d'articles du même thème
-
La Chine et les Etats-Unis mesurent leurs forces
Donald Trump se rend en Chine durant deux jours pour rencontrer Xi Jinping. C’est un moment clé pour apaiser les tensions commerciales ou géopolitiques mondiales. Mais il est difficile d’en imaginer l’issue tant le rapport de force entre les deux pays s’est rééquilibré depuis la guerre tarifaire et le conflit en Iran. -
L’inflation américaine est au plus haut depuis mai 2023
Tiré par la flambée du cours du pétrole, l’indice CPI a augmenté de 3,8% en avril sur un an. Sur un mois, les prix ont progressé de 0,6% après +0,9% en mars. -
La Banque du Japon ouvre la voie à une hausse des taux en juin
Le compte rendu de la réunion du comité monétaire d’avril de la Banque du Japon montre que certains de ses membres sont favorables à une hausse des taux dès la prochaine réunion des 15 et 16 juin.
ETF à la Une
VanEck émet un nouvel ETF pour miser sur l’économie spatiale
- BPCE, Crédit Agricole SA et le Crédit Mutuel comptent 161 banquiers millionnaires
- State Street France lance un plan de départs après la perte de son principal client
- Le Crédit Agricole veut combler son retard sur l'entrée en relation bancaire digitale
- Le Crédit Mutuel Arkéa veut se lancer dans les cryptomonnaies
- La lutte contre la fraude à l'IBAN prend un nouvel élan
Contenu de nos partenaires
-
Première!2025, l’année où les conflits ont fait exploser les déplacements internes de population
Publié mardi, un rapport d'organismes internationaux dévoile que les guerres et violences ont augmenté les déplacements internes de populations de 60 % à l'échelle mondiale. Un recensement alarmant que les coupes budgétaires dans les structures humanitaires compliquent -
Sous pressionInflation américaine à 3,8 % : mauvais timing pour Donald Trump
Les prix à la consommation ont augmenté en avril à un niveau record depuis trois ans, alors que Donald Trump poursuit sa guerre en Iran et que son candidat Kevin Warsh se rapproche de la présidence de la Fed -
Cellule dormante2027 : sur les réseaux sociaux, l'autre campagne qui vient
Entre mise en scène personnelle, stratégies d’influence et mobilisation de communautés en ligne, Jean-Luc Mélenchon, Jordan Bardella et Gabriel Attal redéfinissent les codes de la présidentielle