Certains économistes prévoient désormais une récession aux Etats-Unis pour 2023.
Publié le
Fabrice Anselmi
Deutsche Bank est la première banque à afficher aussi ouvertement son pessimisme à l’égard de l’économie américaine.
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crédit Mediamodifier/Pixabay
Le mot est lâché. Les Etats-Unis tomberaient en récession l’année prochaine à cause des actions tardives et agressives de la Fed pour lutter contre l’inflation élevée, indiquent dans leurs nouvelles prévisions les économistes de Deutsche Bank. David Folkerts-Landau et Peter Hooper voient la banque centrale augmenter ses taux de 50 points de base (pb) à chacune des trois prochaines réunions, de 0,50% à 1,50% (haut de la fourchette) d’ici à l’été pour tendre vers 3,50% l’an prochain.
«Notre projection sur une récession aux Etats-Unis l’année prochaine est actuellement loin du consensus ; mais plus pour longtemps», estiment David Folkerts-Landau et Peter Hooper, en s’appuyant sur l’histoire des hausses de taux et des inversions de pente 2-10 ans. Deutsche Bank prévoit aussi que la banque centrale réduira son bilan de 2.000 milliards de dollars d’ici fin 2023, soit l’équivalent de trois hausses de 25 pb en plus. «L’économie américaine devrait être durement touchée par ce resserrement supplémentaire de la Fed d’ici à la fin de l’année prochaine et au début de 2024», poursuivent-ils.
C’est la première banque à afficher aussi ouvertement son pessimisme. L’économiste de Goldman Sachs Jan Hatzius a estimé lundi qu’un ralentissement économique est «loin d’être inévitable», en partie parce que les consommateurs et les entreprises sont «pleins de cash». D’autres banques appuient leur optimisme sur l’épargne accumulée pendant la pandémie.
Pas de «soft landing» ?
Mercredi, les minutes du dernier Comité de politique monétaire (FOMC) ont confirmé que les gouverneurs sont tombés d’accord pour réduire le bilan de la Fed de 95 milliards de dollars par mois, qu’ils étaient «nombreux» à demander une hausse de taux de 50 pb dès mars, et «plusieurs» à souhaiter que les plafonds mensuels de non réinvestissements des actifs puissent être déplafonnés avec la possibilité de ventes directes sur les marchés. «J’ai du mal à voir la cohérence entre une telle approche agressive et les prévisions de croissance de la Fed portées à +2,8% pour 2022 mais toujours à +2,2% en 2023 malgré une inflation qui augmenterait encore, analyse Thomas Costerg, économiste US chez Pictet WM. Elle semble continuer à regarder derrière, avec le marché du travail qui est un indicateur retardé, plutôt que devant, avec une année qui ne donnera plus lieu à aucun stimulus budgétaire, ce qui avait été le principal moteur de l’inflation en 2021.»
A l’image du président de la Fed Jerome Powell devant le Congrès le 2 mars, les banquiers centraux sembleraient presque renoncer à l’idée d’un «atterrissage en douceur». «La demande excédentaire sera encore de 1% à 1,5% cette année or, selon les modèles économétriques, une hausse de 100 pb des taux à 2 ans implique -0,9% de croissance 6 trimestres plus tard, et une hausse de 100 pb des taux à 30 ans implique -0,6% de croissance 4 trimestres plus tard, sans compter les effets de hausse du coût du crédit», poursuit Thomas Costerg, sachant que les US Treasuries ont gagné 200 pb en six mois pour le 2 ans et 100 pb en trois mois pour le 30 ans - les prêts hypothécaires à 30 ans sont passés de 3% à près de 5% depuis janvier.
L’économiste rappelle que, aux Etats-Unis, les récessions commencent souvent par des problèmes sur le marché immobilier, qu’il faut donc surveiller de près, avant que ne baissent le sentiment de confiance et l’investissement des entreprises, puis l’emploi, «ce qui pourrait arriver plus vite que la Fed ne le pense, même si la lecture autour du taux de participation et du retour sur le marché du travail post-Covid est difficile». Une récente étude de Larry Summers et Alex Domash pour l’université de Harvard indique qu’un taux de chômage inférieur à 4% avec une inflation proche de 8% suggèrent une probabilité très importante de récession au cours des 12 à 24 mois.
En dehors de hausses de salaires qui semblent se tasser depuis deux mois, «l’inflation actuelle, avec une hausse des coûts de l’énergie qui ne bénéficie pas d’un coussin de taxes et n’agit pas sur le choc d’offre lié au pétrole russe ou aux approvisionnements chinois, implique des baisses de salaires réels et de pouvoir d’achat, sans les mêmes amortisseurs sociaux qu’en Europe. Cela explique la chute de l’indice de confiance des consommateurs de l’université du Michigan à un plus bas depuis 2011 (59,4). Comme l’inversion prolongée de la courbe des taux, c’est souvent un indicateur de récession, rappelle Wilfrid Galand, directeur de la Stratégie chez Montpensier Finance. Cela va s’ajouter au renchérissement du coût de l’immobilier et à la baisse - nouvelle - de la confiance des entreprises qui réduisent leurs intentions d’embauches (indices ISM et NFIB)», conclut-il, craignant lui aussi le risque d’une erreur de politique monétaire en parallèle de la restriction budgétaire.
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