Le socle industriel des économies européennes attire les acquéreurs chinois

Si l’Inde a pris une longueur d’avance dans le rachat d’entreprises en Europe, la Chine prépare méthodiquement sa contre-offensive
Yves-Marc Le Reour

C’est le bon moment pour les sociétés chinoises de sortir de leurs frontières. S’exprimant dans le cadre de l’International Capital Conference qui vient de se tenir à Bercy, Wei Jianguo, secrétaire général du China Center for International Economic Exchanges (CCIEE) considère que les problèmes culturels ou réglementaires qui freinent la croissance externe des entreprises chinoises en Europe ne constituent pas «des obstacles incontournables» face aux avantages que procurerait au Vieux Continent leur implantation plus large.

Une augmentation des fusions et acquisitions de la Chine vers l’Europe contribuerait à stimuler des économies pénalisées par la crise des dettes souveraines, alors que «la crainte d’une perte de propriété intellectuelle de la part des entreprises occidentales n’est plus justifiée», estime Wei Jianguo. Pour sa part, le président de l’Association chinoise des fusions et acquisitions Wang Wei juge l’Europe «plus accueillante» que les Etats-Unis dans ce domaine. L’économie européenne a l’avantage de reposer sur un socle industriel plus large qu’outre-Atlantique où le secteur financier semble avoir été privilégié, ajoute-t-il.

Concernant la concurrence entre la Chine et l’Inde dans leur implantation en Europe, Scott Matlock, président en charge des fusions et acquisitions internationales de Morgan Stanley, juge que l’avance prise par l’Inde est le résultat d’une proximité plus importante avec l’Occident, héritée de l’ex-puissance tutélaire britannique, et du «rôle cl2 joué par son secteur privé souvent contrôlé par des groupes familiaux». Contrairement à la Chine qui a privilégié jusqu’ici le secteur des ressources naturelles (mines ou énergie)à l’étranger, l’Inde s’est davantage orientée vers des opérations dans les télécoms ou l’automobile.

Le succès des rapprochements sino-européens sera au rendez-vous si les deux parties «en tirent un bénéfice mutuel qui dépasse le seul critère financier», souligne Wei Jianguo. Les entreprises chinoises omettent d’ailleurs souvent de s’adjoindre les services de conseils juridiques ou financiers, ce qui peut constituer un frein à la réussite des transactions. Consciente de la nécessité de préparer au mieux ce type d’implantation, la Chine a lancé dans les différents pays «un important travail d’enquête destiné à mieux connaître les marchés locaux».

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