Le resserrement à venir de la Fed est historique
Lors de sa réunion de mai, la Réserve fédérale américaine (Fed) n’avait pas voulu augmenter le taux des Fed funds de 75 points de base (pb), de peur de montrer une forme de panique. Mais cette fois elle pourrait s’y résoudre. La probabilité d’une telle hausse lors de la réunion ce mercredi est intégrée à quasiment 100% sur le marché monétaire.
Cette hypothèse s’est amplifiée au cours des derniers jours après l’annonce de l’indice des prix à la consommation en mai aux Etats-Unis,montrant une inflation qui peine à décélérer. Pour les investisseurs, la Fed va donc en faire davantage pour maîtriser cette inflation qui est devenue sa priorité numéro un, sous la pression politique.
«Le marché se réveille enfin au sujet du resserrement nécessaire», ironise Jim Reid, stratégiste chez Deutsche Bank, pour qui le taux terminal de la Fed devrait être de 5%. Désormais, le marché se situe au-delà des resserrements effectués dans le passé par la Fed, qui ont été de l’ordre de 300 pb. L’anticipation de hausse d’ici février 2023 est de 300 pb, en plus des hausses cumulées de 75 pb en mars et mai. Si les marchés ont raison, ce serait le mouvement le plus agressif de la Fed depuis des décennies, seulement battu par celui initié en 1980 quand l’inflation culminait à environ 13%.
Violente réaction
La réaction du marché au cours des derniers jours est à la hauteur des changements à l’œuvre. Le mouvement mardi sur les taux et les actions a été particulièrement violent puisque c’est seulement la troisième fois depuis 1962, quand les données de cotation sur les Treasuries sont devenues quotidiennes, que les rendements à 10 ans ont bondi de plus de 20 pb en une seule séance en même temps qu’une chute de plus de 3,5% de l’indice S&P 500, relèvent les stratégistes de Deutsche Bank. «Les deux autres fois ont été en 1982 et 1986, rappelle Jim Reid. C’est ce qui arrive quand vous voyez un changement de régime après des décennies passées dans l’ancien.»
Et cela pourrait durer. Bien sûr, les spécialistes s’accordent à dire qu’après la récente correction, le marché a déjà intégré le risque à court terme d’une hausse de 75 pb. «La Fed est prête à frapper fort car elle doit rester crédible», souligne Olivier Quinty, responsable targeted management chez Edmond de Rothschild AM, qui note que le marché a déjà commencé à intégrer une hausse de 75 pb en juillet également. «La question aujourd’hui est celle des mouvements à venir, relève Michel Saugné, directeur de la gestion chez Tocqueville Finance. Sur la base d’un taux réel acceptable de 1% et d’une inflation qui redescendrait autour de 3-4%, un certain nombre de facteurs structurels la maintenant à ce niveau, il faudrait relever les taux à 4-5%. La Fed serait encore loin du compte.»
Questions sur le niveau du taux terminal
Outre l’inquiétude sur la crédibilité, les investisseurs s’interrogent en effet sur le niveau du taux terminal, qui atteint pour la première fois 4% à horizon mi-2023, et sur le rythme du resserrement qui pourrait in fine avoir un impact sur l’économie. «La réponse est d’autant plus difficile que le marché a peu de visibilité sur les indicateurs regardés par la Fed qui se dit dépendante des données d’inflation, ce qui peut provoquer de forts mouvements sur les marchés comme ces derniers jours lorsque les anticipations s’ajustent violemment», ajoute Olivier Quinty.
Mais le risque d’un fort ralentissement pèse sur le marché. «Face à cette inflation élevée, dont les ressorts sont de plus en plus domestiques, avec une bascule de la hausse des prix des biens vers les services, la Fed va devoir agir plus fortement qu’anticipé jusque-là, ce qui augmente la probabilité d’un atterrissage brutal de la croissance», poursuit Julien-Pierre Nouen, directeur des études économiques et de la gestion diversifiée chez Lazard Frères Gestion. Le marché devrait continuer à évoluer dans les prochains mois et trimestres avec cette question en suspens et le risque d’un ajustement encore plus marqué. D’autant que la Fed vient juste de débuter la réduction de son bilan.
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