Le régulateur allemand est placé sous le feu des critiques
Personne ne peut reprocher à la BaFin d’avoir été longue à la détente dans le dossier Wirecard. Sitôt les premières accusations de manipulations comptables émises à l’encontre de la fintech, le superviseur financier allemand a engagé des poursuites contre les hedge funds et les journalistes du Financial Times qui formulaient ces reproches. Elle a aussi interdit, en février 2019, les ventes à découvert d’actions Wirecard, une mesure réservée d’habitude aux périodes de stress systémique, comme au printemps. Bref, la BaFin a choisi le mauvais camp, forçant son président Felix Hufeld à s’excuser, et se retrouve plus que jamais sous le feu des critiques après le dépôt de bilan du groupe.
Le régulateur est intervenu dans le dossier en tant que gendarme des marchés. Considérée comme une société technologique, Wirecard n’était pas soumise à la supervision directe de la BaFin. A une exception de taille : sa filiale depuis 2006, Wirecard Bank, qui dispose d’une licence bancaire et dont les dépôts sont protégés par le fond de garantie allemand. «Seule la banque dont Wirecard est propriétaire était directement supervisée par la BaFin. Mais un superviseur se préoccupe toujours de l’actionnariat d’une banque qu’il contrôle», s’étonne Christophe Nijdam, responsable de la recherche européenne chez ECGS-Proxinvest et membre du collège consultatif de l’Autorité bancaire européenne (EBA).
La BaFin a enfin pris les choses en main cette semaine. Elle a installé un représentant spécial chez Wirecard Bank, qui commercialise un compte courant mobile rémunéré à 0,75%. La banque ne fait pas partie de la procédure de faillite, et le régulateur veille à ce qu’aucun flux ne remonte vers sa maison mère.
Peu de contrôles sur place
La myopie de l’autorité traduit aussi des pratiques d’enquête plus accommodantes que dans d’autres pays. La BaFin a la réputation de privilégier les contrôles sur pièces, à partir de dossier, moins contraignants pour l’entreprise visée. En France, l’Autorité des marchés financiers (AMF) et l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) n’hésitent pas à s’inviter chez les sociétés contrôlées.
La faiblesse du superviseur financier allemand se lit d’ailleurs dans celle des banques du pays. Deutsche Bank et Commerzbank, désormais supervisées par la BCE, sont parmi les moins rentables d’Europe, et la première a collectionné les litiges après la crise financière. Chez les banques publiques régionales, les Landesbanken, NordLB vient d'être renflouée par le contribuable au mépris des règles européennes sur la résolution des banques en difficulté.
Felix Hufeld devra bientôt s’expliquer devant la commission des finances du Bundestag. Au-delà du secteur financier, la faillite d’un membre du DAX 30, du jamais-vu depuis la création de l’indice phare de Francfort en 1988, constitue un nouveau cas de gouvernance litigieuse outre-Rhin. Entre le Dieselgate chez Volkswagen et le malheureux rachat de Monsanto par Bayer, les grandes entreprises allemandes ne sont pas à la fête. «En Europe, l’Allemagne n’est en pointe ni en matière de code de gouvernance des entreprises cotées, ni de pratiques. Les rémunérations des dirigeants, par exemple, y sont très élevées et ne font pas encore l’objet, comme en France, d’un vote annuel ex-ante et ex-post en assemblée générale», souligne Christophe Nijdam. Le co-commissariat aux comptes, qui fait travailler conjointement deux cabinets sur le même client et limite a priori les risques de fraude, n’existe pas non plus outre-Rhin. De beaux sujets de réflexion en perspective pour le législateur.
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