La facture s’annonce lourde pour les créanciers de Wirecard
Les actionnaires de Wirecard ont déjà quasiment tout perdu (-96% en une semaine). Les créanciers du groupe allemand de paiements risquent également de perdre gros. Wirecard a annoncé ce matin avoir demandé l’ouverture d’une procédure de dépôt de bilan. Le groupe explique avoir entamé cette procédure devant un tribunal de Munich «en raison d’une insolvabilité imminente et d’un surendettement». La société ajoute étudier l’opportunité de lancer des procédures similaires pour ses filiales.
Il s’agit de la première procédure de ce type pour un groupe du DAX 30, l’indice de référence de la Bourse de Francfort, ce qui n’améliorera pas l’image de la marque de la Place financière allemande, sérieusement écornée par cette affaire.
La cotation des actions a été provisoirement suspendue à la Bourse de Francfort, juste avant cette annonce jeudi matin. A la reprise, le cours a plongé de près de 80%. Sur le marché obligataire, les obligations 2024 du groupe perdent encore 6 cents et ne valent plus que 12 cents.
Wirecard porte actuellement environ 3,5 milliards d’euros de dettes qui ne seront pour l’essentiel probablement jamais remboursées. Ce montant comprend une ligne de 1,75 milliard d’euros de crédit bancaire renouvelable, tirée à 90%, et répartie entre les mains de 15 banques, dont le Crédit Agricole. Le groupe est également endetté à hauteur de 500 millions d’euros auprès d’investisseurs obligataires. Ces derniers commencent à s’organiser pour défendre leurs droits. Ils ont mandaté One Square Advisors et Kirkland & Ellis.
Le groupe de paiements, ex-star du marché allemand, membre depuis septembre 2018 du DAX 30, a reconnu en début de semaine que les 1,9 milliard d’euros qui manquaient pour clôturer ses comptes 2019 n’avaient probablement jamais existé. La semaine dernière, les auditeurs d’EY avaient refusé de certifier les comptes.
L’affaire a conduit à la démission et à l’arrestation de Markus Braun, président du directoire de l’entreprise depuis 2002, soupçonné par la justice allemande d’avoir gonflé le bilan du groupe afin de le rendre plus attractif aux yeux des investisseurs et des clients. Le directeur financier a également été limogé. Les services du procureur de Munich se disent prêts à examiner «tous les délits possibles».
Orange va revoir son partenariat
A Paris, Orange a fait savoir jeudi matin que sa banque en ligne pourrait mettre fin à son partenariat avec Wirecard en août prochain. Ce partenariat permet aux clients d’Orange Bank d’accéder à des services de paiement mobile via Google Pay et Apple Pay. «On avait enclenché une réflexion il y a plusieurs mois pour revoir globalement notre politique. Le sujet Wirecard était embarqué, on avait prévu d’en parler à nos clients en août et on ne change rien à ce calendrier», a déclaré Paul de Leusse, le directeur général d’Orange Bank, lors d’une conférence téléphonique avec des journalistes.
Le Crédit Agricole est un autre partenaire français du groupe allemand. «Le développement et le lancement des offres prévues par l’accord commercial ont été suspendus fin 2019, à l’initiative de Crédit Agricole Payment Services, dans l’attente d’une clarification de la situation» du groupe allemand, indique à L’Agefi le Crédit Agricole.
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