Le pétrole repart à la hausse après un discours de Donald Trump décevant
Tout ça pour ça. Lors d’un discours qui devait comporter des annonces importantes concernant la guerre en Iran, le président américain Donald Trump n’a finalement rien dévoilé de nouveau. Il a répété que le conflit devrait être terminé d’ici deux à trois semaines tout en indiquant que les Etats-Unis frapperaient durement la République islamique dans l’intervalle.
En réaction, le cours du Brent est reparti à la hausse dans la nuit de mercredi à jeudi. Le 2 avril dans l’après-midi, il grimpait de 8%, à plus de 109 dollars, alors qu’il était tombé furtivement sous le seuil des 100 dollars la veille. Le prix du gaz européen TTF montait de son côté de près de 8%, à 51,4 euros le mégawattheure (MWh) après avoir perdu 25% par rapport à son pic de mi-mars.
En Europe, les Bourses poursuivaient leurs baisses de la veille. L’Euro Stoxx 50 perdait 1,7% peu après 16h, le CAC 40 0,9% et le Dax 1,8%. A Wall Street, le S&P 500 reculait de 0,8%. Au Japon l’indice Nikkei a perdu 2,4%.
Sur le marché des taux, les rendements d’État sont également repartis à la hausse. Celui de l’obligation américaine à dix ans a gagné jusqu'à 6 points de base (pb), à 4,38%, avant de retomber à 4,3% tandis que les taux allemand et français prenaient 1 pb et 2 pb, à 3,01% et 3,71%, respectivement après avoir gagné jusqu'à 4 pb et 7 pb dans la matinée.
Le prix de l’once d’or s’inscrit également en baisse de plus de 2%, à 4.660 dollars, après plusieurs séances de rebond. Le dollar a rebondi, gagnant 0,4% sur un panier de devises.
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Une réouverture incertaine
«Après avoir fortement progressé au cours des deux séances précédentes, le sentiment du marché s’est dégradé durant la nuit suite à l’allocution très attendue de Donald Trump hier soir, laquelle n’a apporté que peu ou pas d'éléments nouveaux concernant d’éventuels calendriers ou conditions de cessation des hostilités contre l’Iran», analysent les stratégistes de Deutsche Bank.
Tant que la visibilité «sur une reprise significative des flux via le détroit d’Ormuz» sera faible, UBS continue pour sa part à «anticiper un risque de hausse à court terme pour les prix du pétrole et du gaz». Les analystes de la banque suisse estiment que les pertes de production s'élèvent actuellement à 12 millions de barils par jour (b/j) sur les 20 millions de b/j qui transitaient via le détroit avant la guerre, «l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis ayant réorienté environ 6 millions de b/j, tandis que le pétrole iranien continue de circuler». En tenant compte du déblocage des réserves stratégiques, ce déficit est toutefois ramené à 9 millions de barils par jour, estime UBS qui s’attend à ce que les stocks mondiaux tombent à un plus bas depuis 2019 d’ici fin avril si les perturbations persistent. Dans cette perspective, les analystes prévoient «une nouvelle hausse des cours du pétrole ce mois-ci, pouvant potentiellement dépasser les 150 dollars le baril si aucune amélioration n’est en vue».
Les spécialistes de Rystad Energy estiment de leur côté que le discours du président américain «ancre les attentes vers une désescalade relativement rapide, avec un calendrier annoncé de quelques semaines plutôt que de plusieurs mois», ce qui est cohérent avec leur «scénario central, qui vise un processus de normalisation dans le détroit d’Ormuz débutant d’ici la mi-avril».
Le cabinet d’études note toutefois qu’une telle perspective suppose «qu’une cessation des hostilités par les États-Unis, qu’elle soit unilatérale ou coordonnée, sera suivie d’une normalisation des flux par le détroit» ce qui n’a rien d’automatique «car la reprise du transport maritime dépend des assurances de sécurité, de la couverture d’assurance et d’un retour de la confiance opérationnelle».
En supposant une réouverture de ce passage clé, «le retour vers un niveau d’environ 20 millions de barils par jour prendra probablement plusieurs semaines», préviennent en outre les analystes de Rystad Energy. «Cela implique une période où les marchés financiers pourraient signaler une normalisation, alors que les marchés physiques continuent de refléter des tensions sur l’offre», ajoutent-ils.
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