Le marché du crédit clôt une nouvelle bonne année
Sur le marché du crédit, les années se suivent et se ressemblent, avec toujours plus d’activité. En 2021, le segment high yield (HY) a pris le relais de l’investment grade (IG) pour enregistrer un nouveau record d’émissions sur le marché euro à près de 135 milliards d’euros (+42%), selon Société Générale CIB.
Le marché primaire IG est en retrait d’un quart, à près de 300 milliards. Mais cette baisse est en trompe-l’œil. Elle fait suite à une année 2020 exceptionnelle, au cours de laquelle beaucoup d’entreprises ont anticipé des refinancements ou ont sécurisé leurs liquidités dans le contexte incertain de la crise sanitaire.
Au-delà de ces chiffres, qui illustrent la poursuite de la désintermédiation du financement sur le marché euro, plusieurs tendances fortes ont marqué l’exercice 2021.
D’abord, en termes de géographie d’émetteurs, les entreprises françaises ont été moins présentes qu’à l’accoutumée sur ce marché. Elles ne réalisent que 12% des transactions IG, selon le décompte de Crédit Agricole CIB (CA CIB), après 22% en 2020, une année, il est vrai, où elles avaient beaucoup émis.
Les émetteurs allemands, traditionnellement les plus actifs sur le marché crédit euro, reprennent leur première place (19% du montant émis), devant les américains (15%), grâce notamment aux deux opérations jumbo réalisées par le groupe immobilier Vonovia pour le rachat de son compatriote Deutsche Wohnen. L’immobilier devient d’ailleurs le premier secteur avec 18% des transactions, grâce à un effet de rattrapage après une année 2020 difficile dans le contexte de crise sanitaire, notamment pour les propriétaires de centres commerciaux, mais aussi avec la forte activité de nouveaux acteurs dans la logistique.
Tsunami ESG
La principale tendance en 2021 a été la forte augmentation des émissions ESG (environnement, social et gouvernance), portées, notamment, par le décollage des obligations SLB (sustainability linked bonds) dont l’émission n’est pas liée à l’investissement dans des projets ESG (used-of-proceed), comme peuvent l'être les green bonds, mais à des objectifs d’amélioration de critères ESG (KPI). «Nous nous attendions à un tel tsunami», souligne Xavier Beurtheret, responsable origination DCM Corporate pour l’Europe chez Crédit Agricole CIB. Pas moins de 28% des émissions ont porté cette année sur ce type d’émissions avec une nette accélération au quatrième trimestre (52% des volumes en novembre). Les émissions SLB ont représenté 29% des émissions ESG (grâce à l’intégration de ces instruments début 2021 dans le programme d’achat de la Banque centrale européenne).
Fait notable, cela ne touche plus uniquement les émetteurs IG, mieux équipés pour la réalisation de ce type d’opération plus complexe qu’une émission conventionnelle, mais aussi le HY. La part des transactions ESG est passée de 2% en 2020 à 15% en 2021. «Ce n’est clairement pas une mode mais un phénomène structurel de long terme», ajoute Xavier Beurtheret. Ce mouvement est facilité par la forte demande des investisseurs qui sont soumis à des obligations de reporting mais également à l’avantage en termes de financement tiré par les émetteurs avec la constitution d’un greenium (prime verte) de 2 à 4 points de base, par rapport à une obligation conventionnelle.
Nombreux nouveaux émetteurs
2021 a également été marquée par l’accès de nombreux nouveaux émetteurs sur le marché du crédit, sur le segment HY notamment, mais aussi au travers des émissions ESG. En début d’année, la faiblesse des taux, et la recherche concomitante de rendement par les investisseurs, avaient entraîné un allongement des maturités avec une hausse des émissions à 30-40 ans. Mais le regain de volatilité en fin d’année, avec les craintes sur l’inflation et la hausse des taux semble avoir mis un terme à ce mouvement.
La fin d’année a d’ailleurs été plus difficile sur le marché du crédit avec les craintes sur l’inflation mais aussi la résurgence du Covid-19, et donc une plus grande sélectivité des investisseurs. Cela s’est traduit par la constitution plus lente des livres d’ordres, une moindre capacité pour les émetteurs à resserrer les spreads et une prime d’émission (NIP) de 10-20 pb alors qu’elle était autour de zéro une grande partie de l’année. Ce nouveau contexte de marché risque de donner le ton de la nouvelle année.
Plus d'articles du même thème
-
Le risque France se propage aux obligations d’entreprises
L’immunité pour le marché du crédit est terminée. Celui-ci s’écarte à son tour, affecté par la volatilité sur les taux. Les émetteurs français sous-performent alors que le spread entre la France et l’Allemagne a atteint un plus haut de près de quinze ans même si les groupes internationaux peuvent jouer les actifs refuges. -
La France ne peut pas encore miser sur une intervention de la BCE
Les conditions pour que la Banque centrale européenne utilise son outil anti-fragmentation ne semblent pas encore réunies. Lorsque cet instrument a été créé en juillet 2022, le spread entre les taux à 10 ans italien et allemand (BTP-Bund) avoisinait les 250 points de base, un niveau supérieur à l’écart actuel de 150 points de base entre la France et l’Allemagne. -
Arnaud Caudoux (Bpifrance) : «Nous sommes à la limite d'une vraie crise de la dette souveraine»
A l'occasion de la publication du bilan d'activité du premier semestre de Bpifrance, Arnaud Caudoux, son directeur général adjoint, estime que la tension sur la dette française va renchérir le crédit pour tous. Il revient aussi sur un semestre de crédit record hors période Covid, marqué par une sinistralité en hausse sur la garantie et des souscriptions en fonds de fonds au ralenti.
ETF à la Une
Le marché européen des ETF engrange 127 milliards d’euros au troisième trimestre 2026
- L'ACPR stoppe Wakam dans sa course en l'obligeant à cesser ses souscriptions
- CNP Assurances fait un nouveau pas en dehors du réseau de La Banque Postale
- Les gestions anticipent une résistance modérée des Bourses
- Le prix du pétrole retombe sous 100 dollars le baril
- L’IA ne sait pas lire correctement les résultats du CAC 40
Contenu de nos partenaires
-
Qui est Jay Clayton, le nouveau « tsar » de l’IA aux Etats-Unis ?
Nommé par Donald Trump pour piloter la Super Intelligence Force, le directeur du renseignement national hérite d'un domaine stratégique sans posséder d'expertise technique -
StratégieViolences, risques de récupération… : comment les syndicats veulent contourner les pièges du mouvement des lycéens
Face à la fronde des lycées, les organisations syndicales tentent d'encadrer la mobilisation prévue mardi à Paris, prudentes face au risque d'être accusée de faire de la récupération -
Têtes brûléesBlocage des lycées : la colère sans mode d'emploi
Après deux semaines de blocus lycéens, organisations lycéennes, étudiantes et syndicales manifestent ce mardi 6 octobre. Une tentative de structurer un mouvement jusqu'ici gazeux, souvent violent, et insaisissable pour le gouvernement