Le marché commun de l’énergie, première victime du vote suisse sur l’immigration
Voilà une «votation» qui agite le Vieux Continent, à la veille des élections européennes. Au lendemain du référendum organisé dimanche en Suisse par lequel les électeurs se sont prononcés contre toute attente en faveur, à 50,3%, d’un rétablissement des quotas d’immigration, particulièrement en provenance de l’Union européenne, les réactions n’ont pas manqué, notamment de Bruxelles.
La Commission européenne a ainsi suspendu les discussions avec la Suisse au sujet d’un accord portant sur l'électricité, selon une porte-parole de l’exécutif européen.
La Commission juge en effet que ces pourparlers, censés aboutir cette année pour donner naissance à un marché commun de l’énergie, ne peuvent se poursuivre sans une clarification politique concernant les relations bilatérales en général. Le gouvernement suisse dispose de trois ans pour traduire dans la loi le résultat du référendum de dimanche. Nombre d’observateurs ont clamé que ce vote pourtant est contraire à la libre circulation des personnes, l’un des principes de l’Union accepté par la Suisse dans le cadre d’un pacte conclu entre Berne et Bruxelles par lequel la Suisse, géographiquement enclavée au beau milieu de l’Union, a pu avoir un accès privilégié au marché unique européen.
Alors que la chancelière allemande Angela Merkel estimait que le vote posait des «problèmes considérables», le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a indiqué que cette «mauvaise nouvelle» tant pour l’Union que pour la Suisse allait mener à une révision des relations. «Vous prenez tout ou vous laissez tout» a de son côté martelé la commissaire européenne à la Justice, Viviane Reding en référence au respect de l’accord de libre circulation adopté en 2002.
En Suisse même, des voix inquiètes se sont élevées. Alors que le président désigné du géant de la pharmacie Roche, Christoph Franz, a confié au quotidien allemand Handelsblatt que la Suisse a bien besoin de travailleurs tant nationaux qu’étrangers, l’Association suisse des banquiers est montée au créneau en regrettant un vote pouvant limiter la capacité d’action du puissant secteur bancaire au-delà de ses frontières. L’association souligne qu’un quart environ des salariés des banques en Suisse étant des ressortissants de l’Union européenne, une limitation de l’immigration est susceptible d’avoir des conséquences néfastes.
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